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Quimper.Boris Le Lay condamné à 32 mois de prison ferme

Le Télégramme / 6 juillet 2017

Le tribunal de Quimper. (Photo François Destoc)

L'ultranationaliste breton Boris Le Lay a, une nouvelle fois, été reconnu coupable de multiples faits de provocation à la haine raciale, ce jeudi, par le tribunal correctionnel de Quimper. Un mois après l'audience au cours de laquelle trois affaires avaient été évoquées en l'absence du blogueur, l'homme, âgé de 35 ans, a été reconnu coupable de l'ensemble des faits, à l'exception d'une vidéo visant l'école d'Elliant pas présente au dossier et de faits concernant les lycées publics de Quimperlé. Il a été condamné à un total de deux ans et huit mois de prison ferme. 

Le tribunal a, en outre, maintenu les effets des mandats d'arrêt déjà ordonnés à l'encontre du crêpier originaire de Rosporden, en fuite au Japon. Il est, en outre, condamné à verser un total de 31.500 € de dommages et intérêts aux parties civiles. Il devra, notamment, verser l'euro symbolique au journaliste Guy Birenbaum, victime d'un tweet antisémite et à la présidente du conseil départemental, Nathalie Sarrabezolles. Le site Breizatao a, depuis les faits, été déréférencé par Google, mais reste actif du fait de son hébergement aux Etats-Unis.

 

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« Le ventre est encore fécond d'où a surgi la bête immonde »

(Brecht, La résistible ascension d'Arturo Ui)

 

Le jugement prononcé aujourd'hui au tribunal de Quimper concernait plusieurs plaintes contre Boris Le Lay, rédacteur du site néo-nazi Breiz Atao hébergé à l'étranger, déjà plusieurs fois condamné pour des faits similaires.

Ce procès faisait suite principalement à des événements qui se sont déroulés en 2014, et pour lesquels la LDH représentait collectivement les victimes.

Des militants d'extrême-droite avaient organisé à Quimper en octobre 2014 une manifestation, peu suivie d'ailleurs, aux cris de « Nous sommes chez nous », « La France aux Français »...

En réponse, ne voulant pas abandonner l'espace public à ces idées de haine et de division, plusieurs organisations démocratiques de la région dont le parti communiste avaient appelé à un rassemblement citoyen et pacifique pour le vivre-ensemble.

Une conférence de presse eut lieu pour annoncer ce rassemblement, et dans les jours qui suivirent, le site Breiz Atao, du nom d'un mouvement breton dont les animateurs collaborèrent avec les nazis, se déchaîna. À partir des photos de presse, il lança un appel à identifier et dénoncer « les traîtres » présents à cette conférence de presse pour qu'ils reçoivent leur « châtiment ». Dans les semaines qui suivirent, il continua à déverser sa haine sur les associations démocratiques de notre région et sur leurs représentants. Les communistes, je fus l'une des premières cibles « identifiées », les militants d'organisations de solidarité et de Droits de l'Homme (AFPS, Droit d'Asile, LDH...), ceux des mouvements bretons progressistes, furent particulièrement visés : prétendues « biographies », insultes, diffamation, menaces allant jusqu'à la publication de photos de poteaux en bois portant la mention « réservés » et de fosses creusées, je laisse deviner à quel usage.

Boris Le Lay, rédacteur de ce site, avait déjà à cette époque plusieurs condamnations à son actif pour diffamation, discrimination raciale, apopologie de crime contre l'Humanité, provocation à la haine raciale, contestation de crime contre l'Humanité. Parmi ses victimes, un champion de Bretagne de bombarde, membre du bagad Kemper, dont la couleur de peau ne lui semblait pas répondre au « type nordique breton » que revendiquait l'un de ses maîtres à penser, collaborateur des nazis, Olier Mordrel. Michel Mazéas, ancien maire communiste de Douarnenez décédé fin 2013, avait subi aussi la haine de ce fasciste qui osa écrire « L'ignoble pourriture communiste nous a fait le plaisir de crever », comme Missak Manouchian qualifié sur ce site de « pourriture rouge à l’œuvre avant d'être mis hors d'état de nuire ».

Mais le coupable étant insaisissable, le site hébergé à l'étranger a continué à fonctionner et à publier ses insanités : références à Goebbels, appel à un « conflit d'extermination entre deux camps opposés » (l'Islam et la Chrétienté...), antisémitisme virulent, invocation de « la colère divine » et de la « grande purge », l'épidémie d'Ébola qualifiée de « divine surprise que nous attendions tous», dénonciation de la « tyrannie socialo-marxiste », de la « justice rouge confite de sionisme »...

Devant la violence et le caractère ouvertement raciste et fasciste de ces propos, la gravité des menaces contre des personnes nommément désignées, à l'initiative de la section locale du parti communiste, 17 associations, partis, syndicats de Quimper et de sa région avaient interpellé le préfet du Finistère pour lui demander quelles mesures il comptait prendre pour mettre un terme à cette insulte aux droits de la personne humaine et aux valeurs républicaines, et pour assurer la sécurité et la protection des personnes menacées. Le préfet avait reçu lui-même une délégation de ces organisations. Suite à cette démarche, une action en justice fut engagée et la Ligue des Droits de l'Homme porta plainte auprès du procureur de Quimper au nom de 24 organisations du Finistère et de Bretagne.

Lors de l'audience qui s'est tenue le 8 juin, Maître Tubiana représentant la LDH, et à travers elle toutes nos organisations, avait plaidé pour les victimes de cette affaire quimpéroise qui a pris par la suite une grande ampleur. Le procureur, dont l'intervention avait été à la hauteur des faits reprochés à Boris Le Lay, avait requis 4 ans de prison ferme, et le jugement fut mis en délibéré.

C'est aujourd'hui qu'il a été rendu.

Mais Boris Le Lay et son site semblent toujours hors de portée de la justice.

Il faut remarquer cependant que devant l'ampleur du scandale Google a décidé récemment de le déréférencer.

Il reste malgré tout accessible.

 

Yvonne Rainero

 

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