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BD. Fournier, Kris et les tirailleurs sénégalais

Le Télégramme / 17 juillet 2017 / Marcel Quiviger

Avec « Plus près de toi » Jean-Claude Fournier, la figure tutélaire de la BD bretonne, s'est remis aux pinceaux, sous la houlette du scénariste Kris. Un album événement du fait de la collaboration exceptionnelle des deux auteurs mais aussi du sujet traité : la détention en Bretagne de prisonniers de guerre sénégalais dans des camps de travail. Un album que les lecteurs du Télégramme vont découvrir en prépublication exclusive durant tout l'été.

L'histoire de la détention de tirailleurs sénégalais dans des « Frontstalags », implantés en Bretagne durant la Seconde Guerre mondiale, est peu connue du grand public. Lors de la débâcle de l'armée française en juin 1940, les Allemands refusèrent de transférer sur leur sol des soldats noirs prisonniers, de crainte qu'ils y créent une descendance. Aussi une dizaine de camps de prisonniers spécialisés furent créés en France, dont trois en Bretagne (deux à Rennes et un à Lanniron à Quimper). Ces centaines de prisonniers étaient ensuite affectés à des commandos de travail dans les fermes, dans des communes forestières... où ils pouvaient séjourner de longues semaines et lier des contacts avec la population locale. C'est cette trame historique qui sert de cadre à la rencontre Fournier-Kris. Tous deux font partie du gotha breton de la BD et incarnent leurs générations respectives. Jean-Claude Fournier prit la suite de Franquin pour une série de Spirou, dont un mythique « L'Ankou » et signa de mémorables : « Bizu », « Les Cranibales », avec Zidrou, et « Les Chevaux du vent », avec Lax.

Trois ans de travail

Il a repris les pinceaux sur un texte du plus prolixe et talentueux des scénaristes bretons actuel : Kris. Tous deux avaient une grande envie de travailler ensemble. Et de pouvoir traiter tout à la fois de la Bretagne, de l'Afrique et de l'histoire oubliée de la Seconde Guerre mondiale, fut pour eux deux comme une évidence. Trois ans de travail plus tard, voici l'album enfin bouclé, quelques semaines seulement avant le début de la parution aujourd'hui dans Le Télégramme. « Je voulais écrire une histoire d'amour, une histoire inspirée de celle de Martin Guerre et aussi une histoire traitant des tirailleurs sénégalais. Et comme mon arrière-grand-père a combattu dans la France Libre aux côtés des tirailleurs sénégalais, leur destin ne pouvait me laisser indifférent », explique Kris, avec passion.

École Spirou

De son côté, Jean-Claude Fournier a retrouvé son style de dessin dans la grande tradition de l'école « Spirou » pour mettre en images ce récit historique « Cela a nécessité un gros travail documentaire sur l'époque traitée et sur la Bretagne. Ensuite, j'ai hésité un moment sur quel style de dessin adopter. Après des tâtonnements, j'ai opté pour le style Spirou - c'est mon crayon qui décide -, c'est celui qui s'y prêtait le mieux. Et peu importe ce qu'en diront les critiques ! Je me suis beaucoup amusé avec des détails comme les sonneurs noirs de binioù ou me dessiner moi-même en curé séminariste ! Mais, parfois, j'en ai bavé, comme avec une scène, dans l'église de Lanloup (22) ».

Des plaies toujours ouvertes

Mais cette histoire de tirailleurs sénégalais en Bretagne n'est pas un roman à l'eau de rose et une simple histoire d'amour entre de jeunes africains et de jeunes paysannes bretonnes durant l'Occupation. L'histoire de ces soldats déracinés est tragique et réveille des pages peu glorieuses de notre histoire nationale. Leur incorporation dans l'armée française, le racisme ordinaire, leur détention et leur libération : tout fut difficile et souvent dramatique. Ces dernières années, le voile se lève peu à peu sur cette histoire tragique qui s'acheva par le drame de Thiaroye près de Dakar, au Sénégal. Ces soldats coloniaux prisonniers de guerre furent rapatriés par bateau au départ de Morlaix (29) à la Libération. Mais avant de regagner leurs villages, ils se mutinèrent pour exiger le paiement de leur solde impayée. Leur révolte fut réprimée par le sang et des dizaines de soldats y perdirent la vie dans le camp de Thiaroye. François Hollande, en 2014, évoqua ce drame lors d'un voyage au Sénégal en tentant d'apaiser les plaies toujours douloureuses de cette histoire. Fournier et Kris se sont donc lancés dans un ambitieux projet, délicat, toujours conflictuel. Et ce premier album que nous allons découvrir dans Le Télégramme sera suivi par un deuxième tome qui devrait paraître en 2019, toujours dans la prestigieuse collection Air Libre, chez Dupuis.

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Encore un point "oublié" de notre histoire nationale, la détention sous l'occupation dans des camps spéciaux de soldats "coloniaux" et notamment de tirailleurs sénégalais, qui avaient participé aux combats pour défendre notre pays contre les troupes d’Hitler.

Faits prisonniers, dans des conditions peu glorieuses souvent pour les officiers qui les encadraient, comme le raconte Kriss, ils ont été internés dans des camps en France car les Allemands ne voulaient pas de ces prisonniers non-européens et un peu trop colorés sur leur territoire.

L'un de ces camps, le Frontstalag 135, a existé à Quimper, à Lanniron, de la débâcle jusqu'à la Libération. Il a accueilli près de 8000 détenus, essentiellement des soldats originaires du Maghreb, d'Afrique de l'Ouest, aussi de ce qui était alors l'Indochine, et même de la Réunion, qui étaient gardés par des gendarmes français...
C'est l'élu communiste Piero Rainero qui, informé de l'histoire de ce camp oublié de presque tous, fut à l'origine de la pose d'une plaque commémorative à Lanniron en mai 2010 au cours d'une cérémonie officielle en présence du maire, du préfet et des associations d'anciens combattants et résistants.

En 2015, le journal Le Télégramme revenait sur l'histoire du Frontsatlag 135 :
http://www.letelegramme.fr/bretagne/bd-fournier-kris-et-les-tirailleurs-senegalais-15-07-2017-11596805.php

 

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