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Médecine à Brest. Les étudiants sont à bout / Le Télégramme / 8 novembre

La première année en fac de médecine, la fameuse Paces, se révèle ardue. La réussite au concours nécessite de se préparer selon un calendrier très rigoureux. Et, pour certains étudiants, le craquage n'est pas loin...

La première année de médecine est le début d'une formation exigeante. Marquée par un concours en deux parties, l'une en décembre et l'autre en mai, elle sert surtout à faire le tri parmi les 1.100 inscrits à Brest. Mais une année aussi difficile a des conséquences sur la vie sociale, le moral et même la santé des étudiants.

Lorsque l'on demande à des étudiants de Paces (*) de décrire leur année en trois mots, les mêmes notions de difficulté, de stress et de fatigue reviennent. Chloé, qui était en Paces l'année précédente, ajoute « les cours, les cours, toujours les cours ! ». Marie, elle, pointe le fait que c'est une année de sélection qui jauge les capacités d'un étudiant à travailler sans arrêt et sur sa mémoire, « mais est-ce qu'une bonne mémoire fait un bon médecin ? ».

Un envahissement du quotidien

« On ressent un stress permanent, reprend Marie, et de la culpabilité dès qu'on n'est pas en train de travailler ». Les études de médecine nécessitent un travail personnel important et de tous les instants : François, qui redouble sa Paces cette année, a retapissé les murs de sa chambre de tableaux et pense-bête repositionnables pour s'organiser, là où Marie est allée jusqu'à coller des fiches de révisions dans la douche et les toilettes.

Étudier en permanence est aussi synonyme de sacrifices : pour François, il a fallu renoncer aux sorties entre amis ; et Nathan, en deuxième année de médecine, a dû réduire drastiquement sa pratique du sport.

Rythmes de vie chargés

« Douze heures de travail par jour, c'est la moyenne que j'avais l'année dernière quand j'étais en Paces. Je suis déjà montée à seize heures », raconte Marie. François, lui, a mis longtemps à trouver une méthode de travail qui lui convenait, et il a été plutôt mal classé au premier concours. Alors, il s'est repris au second semestre et a fourni des efforts importants pour remonter de 200 places dans le classement et avoir le droit de redoubler. « L'année dernière, je travaillais à la BU, pour éviter les distractions chez moi. Mais, cette année, j'y vais rarement : il y a trop de Paces et c'est stressant », explique le jeune homme. Le rythme de travail strict implique aussi une vie chronométrée, où les plages de travail sont définies et fixes, et où une heure de pause est consacrée aux repas. Mais, cette année, François a décidé de s'accorder une soirée par semaine pour décompresser. « Je ne l'avais pas fait tout de suite, l'année dernière, mais j'ai été assez vite frustré de travailler non-stop, sans jamais prendre de temps pour moi. C'est important de s'octroyer des pauses pour s'aérer l'esprit. Parfois, il faut savoir s'écouter et décrocher ».

Un impact sur la santé

De façon assez paradoxale, les futurs soignants font passer leur santé au second plan, lors de leurs études. C'est le cas de Marie, qui a perdu dix kilos lors de sa Paces. Elle sautait souvent des repas pour travailler plus ou aller se coucher à une heure raisonnable. Les garçons, de leur côté, ont répondu au stress par le grignotage, ce qui a entraîné une prise de poids de sept kilos chez François, et Nathan a ressenti une baisse de sa condition physique. Le moral des étudiants est aussi sévèrement touché : François avoue qu'il lui est arrivé d'avoir des moments de détresse, où il pleurait tout le temps, n'avait plus de motivation, perdait confiance en lui.

Le numerus clausus

Sur les 1.100 inscrits, seul un nombre réduit d'étudiants pourra accéder à la deuxième année du fait du numerus clausus. Cette limite, fixant le nombre de ceux qui seront admis à poursuivre leur cursus, est évidemment plutôt impopulaire chez les étudiants. « On manque de médecins, donc il faudrait en prendre plus, constate Marie. Mais c'est techniquement impossible : les étudiants se marchent déjà dessus à l'hôpital, il n'y a pas la place pour tout le monde ! Si on ajoute des étudiants, ça risque d'être au détriment de la qualité de la formation. En fait, je pense que c'est tout le système qui est à revoir, et pas seulement l'augmentation du numerus clausus ».

* Première année commune aux études de santé. La Paces rassemble les étudiants qui se destinent à l'une des quatre filières médicales : médecine, dentaire (odontologie), pharmacie ou maïeutique (sage-femme).

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La 1ère année de médecine est d'autant plus redoutable que le couperet du numerus clausus tombe en fin d'année, continuant à limiter l'accès à la profession de médecin de jeunes motivés, alors que la démographie médicale s'effondre. Lorsque le numerus clausus a été créé en 1971 avec l'objectif absurde de réduire les dépenses de santé en diminuant le nombre de médecins, les communistes ont été les seuls à s'y opposer, à juste titre.

Le numerus clausus a conduit à la catastrophe actuelle, aux déserts médicaux, même s'il n'en est pas le seul élément.

En novembre 2016, Marisol Touraine avait autorisé un léger desserrement, + 11% pour la faculté de médecine de Brest, qui aurait donc concerné les étudiants qui font aujourd'hui leur 1ère année.

Mais elle n'a pas accordé les moyens pour mettre en place cette augmentation. Comme le disait alors le doyen de la faculté de médecine :

« Du point de vue de la démographie médicale, cette augmentation est justifiée. Mais à Brest, il nous est impossible d'accueillir davantage d'étudiants. J'ai déjà fait un effort en 2012 en acceptant de passer de 167 à 171 étudiants par promotion mais là, ce n'est plus possible, les enseignants me disent qu'ils n'en peuvent plus. À Brest, nous avons un enseignant pour dix étudiants, alors qu'en Ile-de-France, le ratio est d'un enseignant pour quatre étudiants. Les enseignants travaillent aussi à l'hôpital et font de la recherche. Nous avons le ratio le plus bas de France. Et toutes mes demandes de création de postes sont refusées par le ministère. Dernièrement encore, j'ai transmis un dossier pour un poste indispensable mais on m'a répondu que je n'avais aucune chance d'obtenir un poste supplémentaire. J'ai donc dit non à une augmentation du numerus clausus de Brest ».

Quant à la nouvelle ministre, elle renvoie la question du numerus clausus aux calendes grecques.
Certes, supprimer le numerus clausus comme le proposent les communistes n'aurait pas d'effet immédiat sur la crise de la démographie médicale, mais à toujours remettre cette décision on va vers une aggravation de la situation dans les années à venir.

Et si on l'avait prise à temps on n'en serait pas là aujourd'hui!

Y.R

 

 

 

 

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