Section du Pays de Quimper

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La "bataille du rail", d'hier à aujourd'hui !

Alors que la défense du ferroviaire public est à nouveau sous les feux de l'actualité, le témoignage de mon ami et camarade Corentin Le Tocquec (lire ici) évoque l'engagement des communistes et de leurs élus dans le combat contre la suppression d’arrêts de trains et les fermetures de gares dans les décennies 70-80-90 dans le Finistère Sud.

Parmi beaucoup d’autres, j’ai le souvenir de l’action du 7 octobre 1979 au cours de laquelle, avec des camarades de la section de Bannalec, nous avions arrêté le train Quimper-Toulouse en gare pendant 3 minutes, pendant qu'une manifestation « de diversion » se déroulait à la gare de Quimper.

Plusieurs arrêts de trains avaient eu lieu à l’appel du parti communiste à Rosporden, Bannalec, Quimperlé.

Nous étions à cette époque mobilisés à la fois pour le maintien des arrêts et la défense des gares, et contre le plan Guillaumat élaboré à Bruxelles, lourd de dangers pour le service public ferroviaire (déjà!) et particulièrement pour le réseau breton très excentré.

À la suite de l’arrêt du Quimper-Toulouse à Bannalec, nous avons été poursuivis en justice au nom d'un décret scélérat pris par le régime de Vichy pour réprimer les actions de la Résistance et jamais aboli, et convoqués le 10 décembre 1979 devant le tribunal de Quimper.

L'instruction avait été particulièrement rapide !

Alors que les citations à comparaître commençaient à arriver, une nouvelle manifestation, « La manif prend le train », eut lieu en novembre à l’initiative de la fédération du PCF, les participants prenant le train en gare de Quimper avec pancartes et banderoles pour descendre manifester en gare de Lorient où ils étaient attendus par Armand Guillemot, maire-adjoint de Lorient, et de nombreux camarades du Morbihan, notamment des élus.

En peu de temps, plusieurs milliers de signatures avaient été réunies exigeant notre relaxe, et, le jour du procès, plus de cent personnes étaient venues nous soutenir en plein après-midi au tribunal de Quimper avec aussi pancartes et banderoles,

Pour notre défense, assurée par Maîtres Roland Weyl du barreau de Paris et Claude Larzul du barreau de Rennes, nous avions cité 100 témoins.

14 ont pu être entendus par le tribunal, parmi lesquels: Mme de Bollardière; Sylvie Leroux (Mayer), députée européenne; Jean-Pierre Jeudy, alors maire communiste de Carhaix, qui expliqua comment la mobilisation avait empêché la fermeture de la ligne Carhaix-Guingamp; Louis Le Roux, secrétaire régional du PCF, et Paul Le Gall, secrétaire de la fédération du Finistère Sud; le cinéaste René Vautier qui avait quitté un festival de cinéma dans le sud de la France pour être présent en ami à l'audience, et eut un franc succès en déclarant : je ne comprends pas, vous les poursuivez pour avoir arrêté des trains, alors que des camarades à moi ont été décorés pour les avoir fait dérailler pendant la guerre!
René Vautier savait de quoi il parlait, lui qui avait reçu à 15 ans la Croix de Guerre avec son groupe d’Éclaireurs pour actes de résistance alors qu'il était lycéen à Quimper.
Un maire communiste des Côtes d'Armor fit part aussi de son étonnement, disant que lui avait arrêté plus de cent fois des trains pour défendre sa gare et n'avait jamais été poursuivi.
Réponse énervée du procureur : vous allez voir, on va vous poursuivre, vous aussi, on va vous condamner.

Il y avait clairement derrière le procès de Quimper une volonté de faire jurisprudence pour stopper les luttes qui se déroulaient pour la défense des trains et des gares.
Luttes qui ont permis que les gares et les arrêts soient maintenus, même si rien n'est jamais acquis, on peut le constater encore aujourd’hui.

La légitimité de ces actions pour la défense du service public ferroviaire et des intérêts économiques de la Bretagne fut affirmée avec force au procès par les témoins et les avocats. Il s’agissait même de légitime défense, dirent-ils.

Le tribunal condamna chacun des 7 prévenus, mes 6 camarades de Bannalec et moi-même, membre du secrétariat fédéral du PCF, à une amende de 1000 francs et un franc symbolique à la SNCF pour les dommages subis ( elle avait demandé 2000 F pour le « préjudice commercial » et 244 F pour les frais de carburant occasionnés par le redémarrage...).
Un 8ème cas avait été dissocié, notre camarade étant maire-adjoint de Bannalec et officier de police judiciaire. Il ne fut en fait pas poursuivi.

Nous avions fait appel de nos condamnations qui furent confirmées à Rennes au mois de juin 1980, mais le ministère public ne se pressa pas de présenter la facture, craignant sans doute un nouveau procès, l'intention des condamnés de refuser ce jugement inique et de ne pas payer étant clairement affichée.

Si bien qu'elles furent amnistiées dans le cadre de la loi d'amnistie pour l'élection de Mitterrand en 1981.

En tout état de cause, ce procès n'a pas atteint les objectifs assignés, loin d'être freinées, les luttes pour défendre les lignes et les gares se sont poursuivies.

Et celles-ci sont toujours là, ce qui est à mettre au compte des mobilisations des cheminots et des usagers.

Mais il faut sans cesse remettre l’ouvrage sur le métier, comme le démontrent encore les menaces actuelles sur le réseau et les emplois de cheminots.

Piero Rainero
 

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