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Expulsion de Razmik. Le collège fait front / Le Télégramme / Ronan Larvor / 15 mars 2018

Enseignants, élèves, parents : le collège Max-Jacob de Quimper s'est levé d'un seul mouvement, mercredi, pour soutenir Razmik, 11 ans, qui a appris avec ses parents, mardi, qu'il devait quitter la France ce jeudi. Razmik, jeune Russe, est arrivé blessé en France, en août dernier, victime de la stigmatisation de ses origines arméniennes.

Razmik ratera ses cours à Max-Jacob ce jeudi matin. Le collégien de sixième et ses parents sont « au vert », quelque part à Quimper. Razmik aurait dû être dans un avion pour Paris puis la Pologne. La famille doit être expulsée vers le pays où elle a fait sa première demande d'asile. Razmik, 11 ans, est arrivé début août 2017, en France, avec Grant son père et Alvard sa mère. À Quimper, où ils sont arrivés un peu par hasard, ils ont été pris en charge par une Arménienne déjà installée qui a entendu leurs échanges dans la rue. À la rentrée, Razmik a rejoint le collège Max-Jacob qui accueille le dispositif « français langue seconde », destiné aux enfants d'origine étrangère qui ne parlent pas français.

Blessé aux jambes

« Il est arrivé avec des béquilles, car il était blessé aux jambes », témoigne Claire, l'infirmière. Le garçon a été victime, dans son école, d'agressions racistes pour ses origines arméniennes. « Pourtant nous étions à Moscou depuis une vingtaine d'années », dit Grant, dans un français approximatif. La communauté arménienne est discriminée en Russie. La famille a déjà tenté d'immigrer aux États-Unis, en vain. « Nous avons choisi la France car c'est le pays des Droits de l'Homme », dit Grant. Lui est ingénieur en mécanique de formation et a aussi, souvenir de traditions arméniennes, le savoir-faire des apiculteurs. Elle, a été infirmière. La sentence est arrivée mardi. La famille doit quitter la France pour la Pologne. C'est à l'ambassade de ce pays, à Moscou, qu'elle a fait ses premières démarches vers l'Europe. « Ils sont dublinés, commentent David, de la Ligue des Droits de l'Homme.

Les accords de Dublin obligent les demandeurs d'asile à faire leurs démarches dans le premier pays européen où ils sont arrivés. Actuellement, dans le Finistère, nous suivons une centaine de dossiers du même genre de personnes expulsables ».

Mobilisation spontanée

La nouvelle de l'expulsion imminente est arrivée mardi soir, au collège. Dès mercredi matin, les personnels enseignants et non-enseignants ont débrayé. Les collégiens ont exprimé leur solidarité avec de grandes lettres peintes « Non à l'expulsion de Razmik » collées sur les vitres. Une pétition a recueilli immédiatement des centaines de signatures. La mobilisation a été spontanée et massive. Courriers aux élus et pétition sont sortis en rafale des imprimantes. À Max-Jacob, on connaît bien ces jeunes au statut précaire qui arrivent en cours d'année, ne parlant parfois pas un mot de français. « Mais c'est la première fois que nous sommes confrontés directement à une expulsion, commente Solenn, enseignante. En général, on le sait trop tard ». Le départ de Razmik en cours d'études « serait injuste, préjudiciable à son avenir et, pour lui comme pour nous, un vrai traumatisme », ont écrit sur une pétition les adultes du collège qui l'ont côtoyé.

Excellent élève

« Depuis son arrivée au collège, Razmik s'est parfaitement intégré, continue Luc, enseignant. Il parle aujourd'hui français. C'est un brillant élève, très bon en mathématiques. Il aide même les autres enfants étrangers dans leur intégration. Nous sommes scandalisés par cette expulsion ». Le collectif informel né au sein du collège Max-Jacob s'est donc chargé de mettre la famille à l'abri dans l'attente d'un éventuel sursis à l'expulsion. Une manifestation est organisée samedi prochain, pour soutenir la famille, entre le collège et la place de la Résistance.

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