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Réforme de la SNCF. Anne, contrôleuse : « Privilégiée, moi ? Vous plaisantez… » / Ouest-France.15 mars 2018

 

Le gouvernement veut supprimer le statut de cheminot pour les nouveaux embauchés, au motif qu’il contribuerait à alourdir les coûts de la SNCF. Les syndicats, qui contestent cet argumentaire, ont décidé, ce jeudi 15 mars, d’un long mouvement de grève à partir du 3 avril prochain. Anne, une contrôleuse nantaise, se prépare à la mobilisation. Elle explique pourquoi.

Une grève de « deux jours sur cinq à compter du 3 avril ». La CGT-Cheminots, l’Unsa-ferroviaire, Sud-Rail et la CFDT-Cheminots ont dévoilé, ce jeudi soir, un calendrier de mobilisation s’étalant jusqu’au 28 juin. Pour protester contre la réforme de la SNCF et notamment le projet du gouvernement de supprimer le statut des cheminots pour les nouveaux embauchés. L’occasion de donner la parole à une contrôleuse nantaise : Anne, 35 ans, qui élève seule ses deux enfants de 9 et 13 ans.

L’embauche ?

« J’ai été embauchée à la SNCF en 2002, après y avoir fait mon bac pro en alternance. Ce n’est pas une tradition familiale : j’ai été la première à entrer dans l’entreprise. J’ai découvert le métier de contrôleuse par hasard, en compulsant des documents d’orientation au lycée. Je ne le regrette pas. J’aime beaucoup mon métier. »

Les week-ends ?

« Depuis deux ans, je travaille dans le TGV au départ de Nantes, vers Paris, Marseille, Strasbourg… Je travaille trois week-ends sur quatre. Et je dors deux nuits par semaine à l’extérieur. Demain, par exemple, je fais Nantes-Paris, puis Paris-Le Croisic. Je vais dormir au Croisic. Et le lendemain, je vais refaire le même parcours dans l’autre sens. »

La vie de famille ?

« Pour pouvoir m’occuper de mes enfants, j’ai demandé un temps partiel à 85 %. Cela me permet de dégager des jours que je dois poser deux mois à l’avance. Mais ça ne suffit pas. Et c’est très difficile de trouver une nounou, qui accepte de garder les enfants la nuit ou le week-end. J’ai pu continuer ce métier grâce à mon père. Il a arrêté de travailler pour s’occuper de mes deux enfants. »

Les revenus ?

« On nous dit : vous êtes des privilégiés. Privilégiée, moi ? Vous plaisantez… On nous renvoie au visage le fait d’avoir des billets gratuits. C’est vrai, j’ai une carte de circulation, qui me permet de voyager en illimité sur le TER. Et pour les trains avec réservation, j’ai droit à huit voyages par an (mais la réservation est payante). Chaque métier a ses avantages. Et le train, c’est notre outil de travail. On est parfois obligé de le prendre pour se rendre à notre prise de service avec nos horaires décalés. Vu ce qu’on est payé, c’est une maigre compensation. Je gagne environ 2 000 euros nets en incluant les primes. C’est plutôt faible par rapport aux contraintes. »

La retraite ?

« Je suis entrée à la SNCF à 20 ans. Pour avoir une retraite pleine, je devrai partir à 62 ans et sept mois. Ça ne m’assurera que 75 % du traitement. Car on ne cotise pas sur les primes, qui représentent un tiers du traitement. »

La suppression du statut ?

« C’est dégueulasse, même s’il n’en reste pas grand-chose, du statut, hormis la sécurité de l’emploi. Et encore, si mon poste est supprimé à Nantes, et qu’on me demande d’aller à Marseille, qui sait si on ne peut pas être licencié en cas de refus. Tout est devenu flou. Je m’inquiète pour mon avenir. C’est flippant. »

La grève ?

« Je suis prête à la faire. Je me bats surtout contre l’ouverture à la concurrence. Une entreprise privée ne prendra que les créneaux rentables. Sur Nantes-Paris, cela correspond à deux heures le matin et deux heures le soir. Ça coûte cher de faire rouler un train. En milieu de journée, ils mettront des cars ! Je suis déterminée, même si ça risque de me coûter cher : en décembre, j’ai fait quatre jours de grève. J’ai perdu 350€. »

 

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