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La France est-elle menacée par une crise sanitaire? / Pierre Ivorra, l'Humanité

La question peut paraître incongrue. Les Français jouissent d’une espérance de vie élevée : 85 ans, pour les femmes, 78,9 ans pour les hommes. En l’espace de dix ans celle-ci a progressé de 1,2 an pour les premières et de 2,2 ans pour les seconds. Le taux de mortalité, lui, continue de baisser, il est inférieur à la moyenne européenne. La France est ainsi l’un des pays au monde où la population se porte le mieux. Des critères objectifs permettent de ne pas en douter. Que l’on prenne l’espérance de vie à la naissance, au-delà de 65 ans, l’espérance de vie en bonne santé, le taux de mortalité, les mesures d’accès aux soins, … notre pays est le plus souvent dans le haut du classement. Pourtant, plusieurs signes font craindre qu’il bascule et connaisse dans les dix ou quinze ans à venir une véritable crise sanitaire dont nombre de facteurs sont déjà à l’œuvre.
Selon les données de l’OCDE, la France avec 3,3 médecins pour 1 000 habitants est juste en dessous de la moyenne de ces pays (3,4) pour la plupart développés. Elle est très en dessous de la Grèce (6,3), du Portugal (4,6), de la Norvège (4,4), de la Suisse (4,2), de l’Allemagne (4,1), de l’Espagne (3,9), de l’Italie (3,8), … Elle est l’un des plus mauvais élèves de l’Union européenne. Par ailleurs, la moyenne d’âge des médecins y est l’une des plus élevées : le pourcentage de médecins âgés de 55 ans et plus est de 46,6 %, contre 35,1 % aux Etats-Unis, 34,1 % en Suisse, 32,7 % en Suède, 31,6 % en Espagne, 25,6 % aux Pays-Bas, ...
L’un des signes les plus clairs de cette crise sanitaire qui se dessine, c’est évidemment l’extension des déserts médicaux. Et ces derniers ne sont pas toujours là où l’on croit. Ils ne sont plus seulement en Lozère ou dans le Haut Var, ils ont gagné les agglomérations et pas seulement les quartiers et banlieues pauvres. Une bonne partie de la population est désormais concernée. « Entre 2012 et 2016, écrivaient en 2016 les auteurs d’une enquête d’UFC-Que choisir, l’accès géographique aux médecins généralistes (à moins de 30 minutes du domicile) s’est dégradé pour plus du quart de la population. Pire, l’accès aux médecins spécialistes a diminué pour 38 % des Français en ce qui concerne les ophtalmologistes, 40 % pour les pédiatres et même 59 % pour les gynécologues. La situation est encore plus alarmante pour les spécialistes au tarif de la sécurité sociale, dont l’offre a reculé pour plus de la moitié des usagers, quelle que soit la spécialité étudiée ».Et ce ne sont pas les coups portés contre l’hôpital public par les gouvernements successifs qui vont arranger les choses.

 

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