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Pont L'Abbé. Mai-68. Paroles de manifestants / Le Télégramme.18 mai 2018

Yvon L'Helgouac'h, sa femme Marie-Rose et Jeanne Le Goff ont aujourd'hui 80, 79 et bientôt 81 ans. Il y a 50 ans, ceux qui font partie, aujourd'hui, des syndiqués de la CGT de la première heure, étaient aux premières loges dès la grève générale, le 13 mai 1968. Ils racontent.
 

Ils étaient là pour la construction du local de la CGT qui trône aujourd'hui place de la Madeleine, à Pont-l'Abbé. Il y a 50 ans, ils étaient dans les rues de Pont-l'Abbé, de Quimper et sur le port du Guilvinec, à manifester. Syndiqué à la CGT dès son entrée dans la boulangerie, en 1967, Yvon L'Helgouac'h, encarté au PCF, a été « dans le coup tout de suite » en mai 1968. « Dès l'appel à la grève générale ». C'était le 13 mai. « Je travaillais la nuit et au petit matin, je partais coller des affiches et distribuer des tracts de la CGT et du PCF, dont le local se trouvait au Guilvinec ». Sa femme, Marie-Rose, à ses côtés. Elle, elle faisait « les saisons » à l'usine devenue Sogeco puis rachetée par la conserverie Furic, au Guilvinec, depuis ses quatorze ans. L'âge auquel elle a adhéré au syndicat. Ensemble, ils recommençaient tous les jours ou presque, les affiches étaient arrachées par les sympathisants du Front national (FN). FN qui leur « courraient après » également.

Tout remettre en cause

Et ils allaient manifester. Sur le port du Guilvinec avec les pêcheurs, à Pont-l'Abbé avec les agriculteurs, ou simplement avec la population dont les enfants étaient nourris à la cantine, gratuitement, par solidarité. « L'EDF coupait le courant dès qu'il y avait grève, sourit Marie-Rose. On ne pouvait plus travailler dans ces conditions ». Donc autant aller manifester ? Elle sourit et acquiesce. « Les conserveries allaient sur le port et les paysans nous rejoignaient. C'était une époque où on se battait pour des meilleurs salaires, pour un avenir meilleur, insiste-t-elle. Une époque où on remettait en cause les acquis, la politique en place, tout ».

« Moi, j'étais mère au foyer »

Jeanne Le Goff pense qu'elle n'a pas grand-chose à dire. Et pourtant. Enceinte jusqu'aux yeux, en mai 1968, cette mère de deux enfants faisait ce que l'on ne fait plus aujourd'hui.

« Je laissais mon plus jeune au plus grand, avec un cahier de coloriage et je partais au port manifester ! ». Simplement par conviction. « Moi, j'étais mère au foyer, je n'étais pas salariée comme les autres ». Mais celle qui allait acheter Ouest Matin et L'Humanité avait été élevée comme ça, par ses parents qui l'emmenaient, plus jeune, au niveau de la gare du Guilvinec, aux réunions du PCF. « C'était logique ». De Pont-l'Abbé, ville qui, aujourd'hui, accueille le local de la CGT, Yvon L'Helgouach se rappelle de ce qui avait fini par être, par la force des choses, leur « QG ». « C'était chez Mémène, place de la République ». Les CRS, les gendarmes mobiles défilaient dans les rues et sont arrivés au café. « Le patron leur a dit qu'il servait mais pas eux. Il leur a dit de dégager. C'était la période ! ».

Un message pour la jeunesse

Ils se retrouvaient aussi chez Le Dilosquer, toujours place de la République, pour les réunions entre cégétistes, tout en allant vendre du muguet à Saint-Guénolé afin de récolter des fonds pour la construction du local désormais place de la Madeleine. En mai 1968, « il y avait de l'entraide », relèvent les trois. « Les gens comprenaient, la plupart ne voyaient pas les manifestants d'un mauvais oeil, comme c'est le cas maintenant, relatent Yvon et Marie-Rose. Aujourd'hui, au journal télévisé, on ne voit que les casseurs, c'est la même chose pour les cheminots, on ne voit que les problèmes. Et les revendications, alors ? Et la solidarité ? ». Aujourd'hui, ils sont toujours syndiqués, se battent toujours, manifestent toujours. « On ne regrette rien, si c'était à refaire, on le referait et c'est pour ça qu'on continue », martèle Marie-Rose. Jeanne n'a pas élevé ses enfants dans la manifestation pure et dure. Elle sourit. « Pourtant, mon plus jeune fils manifeste. Il m'a dit : " Je fais comme je t'ai vue faire ! " ». L'idée d'une transmission. À la jeunesse, d'ailleurs, tous les trois ont un message à adresser : revendiquer, ne jamais lâcher. « Sinon, les vieux vont remonter sur les barricades ! », sourit Marie-Rose.

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