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Les communistes et l'Union Européenne : mise au point de Patrick Le Hyaric

Un texte de Patrick Le Hyaric, député communiste européen, vice-président du groupe GUE-GVN au parlement européen, et directeur de " L'Humanité " à propos des déclarations de Jean-Luc Mélenchon concernant les communistes et l'Europe. Reste à se poser la question : comment rassembler les Français dans les conditions d'aujourd'hui d'un projet européen radical et transformateur.

« Union européenne » : ma mise au point

A ce propos je dois dire à regret et sans chercher querelle que j’ai été choqué, meurtri, blessé par ce que j’ai lu dans une précédente note de blog de Jean-Luc Mélenchon à propos de la construction européenne ultra-libérale et du Parti communiste.

Je cite : « depuis la publication du manifeste Et maintenant le peuple, les discussions vont bon train à travers toute l’Europe dans les rangs des partis et mouvement rassemblés dans l’actuel groupe GUE. Ce groupe est placé sous l’influence directe des divers partis communistes favorables à l’Union Européenne. C’est le cas du PCF ou des anciens communistes de l’Allemagne de l’Est aujourd’hui associés dans le parti Die-Linke en Allemagne... »

Plusieurs remarques :

Pourquoi cette critique aujourd’hui après avoir siégé dans ce groupe qui, sur l’instigation de Francis Wurtz, déployant une grande énergie dans des négociations compliquées et des trésors de diplomatie, avait permis d’exaucer une demande insistante de Jean-Luc à l’époque : être l’un des vice-présidents de la prestigieuse commission des Affaires internationales et de sécurité du Parlement européen. Pourquoi s’être fait élire député européen dans la circonscription du Sud-Ouest à deux reprises avec le Parti communiste si ce dernier est un suppôt de cette « Union Européenne » ? Pourquoi ?

Le groupe confédéral de la Gauche unitaire et gauche verte nordique (GUE) est un groupe large non dominé par les communistes, loin de là. Il inclut des sensibilités socialistes, écologistes, régionalistes et de nouvelles forces politiques dans l’Union dont le Front de Gauche, Podémos, Bloco de Esquerda du Portugal, le Sinn Féin d’Irlande du Nord, Syriza et Unité Populaire de Grèce. Ajoutons que les communistes ne sont pas un bloc, ils n’ont pas toujours la même opinion sur les votes à émettre sur certaines résolutions ou directives venant en débat au Parlement européen.

Les débats qui ont lieu au sein du groupe ces dernières semaines ne portent pas sur son auto-dissolution mais au contraire sur les moyens de son renforcement et les moyens d’améliorer substantiellement son activité. C’est une question majeure pour créer les conditions d’un rapport de force nouveau au sein du Parlement européen au moment où se renforcent les extrêmes droites, et où de grandes manœuvres sont en cours sur l’instigation de M. Macron. Du reste, les formations qui ont signé « le manifeste pour les peuples » n’interprètent pas toutes le texte de la même manière. Et les camarades des formations des autres pays qui veulent me rencontrer depuis plusieurs semaines m’expliquent plutôt leurs inquiétudes sur certaines initiatives.

Nous avons la responsabilité d’aider les travailleurs et les créateurs de l’Union Européenne à disposer au sein du Parlement européen d’un groupe uni plus et mieux à leur service. Toute hypothèse de division ou de destruction est contre-productive et va à l’encontre d’un projet de construction européenne au service du progrès social, écologique et démocratique.

Ecrire que le groupe est placé sous l’influence de partis communistes « favorable à l’Union européenne » est un grave et insupportable mensonge. Jamais le Parti communiste français n’a produit un acte « favorable » à l’actuelle Union européenne. Il l’a combattue depuis le début de toutes ses forces. « Union Européenne » est un concept politique découlant de l’acte unique européen et surtout du traité de Maastricht. Une part essentielle de ce traité se retrouve intégralement dans le traité de Lisbonne. Dit autrement, la proposition du traité de Lisbonne a été pour l’essentiel une tentative de « constitutionnalisation » du traité de Maastricht avec notamment la monnaie unique (et non commune), la Banque centrale européenne… à Francfort et les dogmes de concurrence et d’application intangible de ce qu’on appelle les quatre libertés (circulation du capital, des marchandises, des services…) négociés par F. Mitterrand avec M. H. Kohl. Les communistes n’ont voté ni le traité de Maastricht, ni l’acte unique.

Et, à l’époque en décembre 1986, Jean-Luc Mélenchon a bien voté la loi autorisant la ratification de l’acte unique européen au Sénat. Puis en juin 1992, il a bien voté la loi constitutionnelle préalable à la ratification du traité de Maastricht adopté au Sénat par 192 voix, avec 117 voix contre et 5 abstentions. Les quinze sénateurs communistes votant contre. L’Humanité a été le seul journal à publier ce texte décrypté vendu à plus de 300 000 exemplaires. Chaque jour le journal a donné des arguments contre ce texte. On peut les republier si c’est nécessaire pour rafraîchir des mémoires.

Voici ce que dit Jean-Luc à la tribune du Sénat le 9 juin 1992, je le cite : « N’ayons pas honte de ce traité. Déjà il va au-delà de la situation actuelle, il constitue une avancée. En tant qu’homme de gauche, je souhaiterais me tourner un instant vers certains de nos amis (l’orateur se tourne vers les travées communistes) pour leur faire entendre que Maastricht est un compromis de gauche : pour la première fois dans un traité de cette nature, des mesures d’encadrement du marché sont prévues ; pour la première fois, citoyenneté et nationalité sont dissociées, pour la première fois, les syndicats vont être associés aux processus décisionnels. » (Le journal officiel relève les protestations sur les bancs communistes).

Pendant ce temps les communistes bataillent avec notamment Philippe Seguin pour la tenue d'un référendum qu’ils obtiennent et mènent une vigoureuse campagne pour le Non. Il s’en est fallu officiellement de 300 000 voix pour que ce Non l’emporte. S’il y avait eu plus de force à l’époque pour contrer la création de cette « Union européenne » c’est-à-dire « l’Union économique et monétaire », l’histoire eu été différente.

Je ne peux donc accepter que, pour avoir le prétexte de rejeter les communistes de toutes discussions, de toutes rencontres, de tout rassemblement pour une « autre Europe », l’on dise aujourd’hui des contre- vérités. Je le dois à celles et ceux que je servais à l’époque dans une campagne dure faites de mille insultes et injures. Je le dois à toutes les militantes et tous les militants qui tout l’été 1992 se sont dépensés sans compter au service des travailleurs et du pays. On mesure depuis les effets de ces décisions néfastes.

Je le dis le cœur serré, mais je le dois. Les communistes n’ont pas manqué à la classe ouvrière comme aux créateurs et à toutes celles et ceux qui vivent aujourd’hui douloureusement les effets de ces traités fondateurs qui nous régissent et dont il faudrait se débarrasser. On ne le pourra que dans l’unité, recherchée par-delà des différences, des divergences peut-être, des histoires et des parcours parallèles et parfois éloignés, pas en insultant et en travestissant des réalités quand la situation est si grave, quand tant de nuages s’accumulent à l’horizon.

Ce combat nous le continuerons par-delà les vicissitudes.

Patrick Le Hyaric, le 20 mai 2018

 

 

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