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Quimper. Dominique Vidal. "Le manifeste contre le nouvel antisémitisme, une grande erreur /Le Télégramme / 23 mai 2018

 

L'historien et journaliste Dominique Vidal, fils d'un survivant d'Auschwitz et d'une mère juive cachée par des protestants en France.

La politique israélienne fait une nouvelle fois dramatiquement l'actualité. En France, la critique du gouvernement Netanyahou est parfois amalgamée à de l'antisémitisme. L'association France Palestine Solidarité a invité Dominique Vidal pour rappeler la différence entre un délit et une opinion.

« Nous ne céderons rien à l'antisionisme car il est la forme réinventée de l'antisémitisme », avait déclaré Emmanuel Macron, le 16 juillet dernier, devant Benyamin Netanyahou, lors de la commémoration de la rafle du Vel'd'hiv'. Ces propos sont à l'origine du livre « Antisionisme = antisémitisme ? Réponse à Emmanuel Macron » publié en début d'année par Dominique Vidal. « Jamais un chef de l'État n'avait commis une telle erreur historique doublée d'une telle faute politique », souligne le journaliste et historien. Il sera vendredi à Quimper.

Interview.

Antisionisme, antisémitisme. Il vaut mieux commencer par définir les mots.

L'antisémitisme est un racisme contre les juifs qui a donné lieu à des persécutions, un génocide. C'est un délit puni par les lois françaises. L'antisionisme est une opinion qui consiste à dire que Theodor Herzl, fondateur du mouvement sioniste, s'est trompé en estimant que les juifs étaient inassimilables dans les pays où ils étaient et qu'ils devaient donc se retrouver dans un état propre. C'est une opinion pas un délit. Nombre de juifs n'y ont pas adhéré et la majorité d'entre eux n'a pas souhaité s'installer en Israël. Et, par ailleurs, imagine-t-on les communistes demander l'interdiction de l'anticommunisme, les gaullistes celle de l'antigaullisme ?

L'antisionisme ne nie pas l'existence d'Israël ?

Non. Les états existent avec de nouveaux habitants, de générations en générations. Mais, aujourd'hui, une loi est en préparation qui fera d'Israël « l'état nation du peuple juif », ce qui résoudra de fait la question démographique si les Palestiniens y devenaient majoritaires.

En France, la critique du gouvernement israélien est compliquée ?

Plus la politique israélienne est contestée et contestable, plus les lobbys interviennent. Il y a une très forte pression du gouvernement de droite et extrême droite israélien et de ses alliés comme le Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France). Mais elle ne fonctionne pas toujours. Selon un récent sondage Ifop sur l'appréciation du sionisme par les Français, 50 % estiment que c'est plutôt une idéologie raciste, 69 % pensent qu'il s'agit d'une idéologie qui sert à Israël à justifier sa politique d'occupation et de colonisation des territoires palestiniens. Jamais depuis la dernière guerre un sondage n'a été aussi négatif pour Israël.

Israël a des soutiens. Manuel Valls avant Emmanuel Macron associait antisionisme et antisémitisme.

Manuel Valls a beaucoup évolué. Je l'ai vu en 2006 planter un arbre pour la Palestine à côté de Leila Shahid. Aujourd'hui, est-ce par opportunisme politique, pour se rapprocher des électeurs juifs qu'il a dit qu'antisionisme et antisémitisme sont synonymes ? Pour Macron, c'est différent. Il n'a tenu qu'une fois les propos en 2017. D'après mes informations, cette phrase a été improvisée. Depuis, j'ai l'impression qu'il y a eu une marche arrière de sa part. Se mêler de questions concernant une liberté d'opinion n'est pas du domaine d'un président.

Les réactions après les massacres de ces derniers jours ont été plutôt prudentes?

La réaction du Quai d'Orsay a été discutable (Jean-Yves Le Drian avait simplement évoqué de graves incidents et appelé Israël à de la retenue) quand il y a 60 morts d'un côté et zéro de l'autre. Emmanuel Macron a eu des mots plus fermes en disant qu'il n'était pas acceptable de tirer sur des manifestants désarmés.

Et il y a eu « le manifeste contre le nouvel antisémitisme » ?

C'est le manifeste Val et Valls et c'est une grande erreur (ce manifeste écrit en avril par Philippe Val, ancien directeur de Charlie Hebdo et signé par 300 personnalités parle d'une « épuration ethnique à bas bruit » des juifs dans certains quartiers). Bien sûr, il y a un antisémitisme musulman mais aussi d'extrême droite. Quant à l'antisémitisme d'extrême gauche, on attend les noms. Leur diagnostic est mauvais. Demander de réécrire le Coran est d'un analphabétisme spirituel et politique total.

Il y a une campagne de boycott d'Israël. Elle est illégale ?
 

Sur une centaine d'actions de la campagne Boycott Désinvestissement Sanctions (BDS), il y a eu douze procès, deux condamnations dont une passe devant la Cour européenne des Droits de l'Homme. La meilleure réponse à la radicalisation de Tel-Aviv et de Washington, c'est BDS !

 

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