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Pesticides. L’agroalimentaire breton sous les feux de l’Europe / L'Humanité. 29 mai 2018

Photo : Rassemblement, à Guingamp, le 23 mai 2015. Depuis 2011, les collectifs exigent que la clarté soit faite sur les cas d’intoxitation de salariés de la coopérative Triskalia. Hervé Ronne/REA

La Commission européenne enquête sur l’utilisation des pesticides dans les entreprises de la région, entre autres Triskalia mise en cause dans une affaire d’intoxication.

C’est une étape décisive pour toutes les victimes de pesticides. À compter d’aujourd’hui et jusqu’au 8 juin, le commissaire européen chargé de la santé et de la sécurité alimentaire, Vytenis Andriukaitis, accompagné d’experts, est en Bretagne pour enquêter sur l’utilisation des pesticides dans la région. Une première, obtenue de haute lutte par des militants associatifs et syndicaux, déterminés à obtenir de « la transparence » sur ce sujet. « Depuis plus de trente ans, toutes les crises sanitaires ont été de la responsabilité de l’agroalimentaire. La Bretagne, troisième région agricole européenne, est confrontée à des accidents à répétition dans le domaine des pesticides », dénoncent l’union régionale Solidaires de Bretagne, le Comité de soutien aux victimes des pesticides de Triskalia et le Collectif de soutien aux victimes des pesticides de l’Ouest.

De fait, en 2011 éclatait le scandale Triskalia, du nom de cette coopérative peu regardante qui a intoxiqué plusieurs de ses salariés ; la bataille juridique est d’ailleurs loin d’être terminée. Et fin 2016, c’est un cargo de 25 500 tonnes de maïs traité à la phosphine qui était autorisé à entrer, en toute opacité, dans la chaîne alimentaire.

Des drames sanitaires et environnementaux à répétition

En lutte depuis huit ans contre les pratiques agroalimentaires en Bretagne, les militants antipesticides avaient décidé, en avril 2015, de porter la bataille au niveau européen. Leur objectif : savoir si la France appliquait réellement les directives européennes en matière de produits phytosanitaires. « Les textes européens encadrant l’utilisation des pesticides ont bien été transposés dans le droit français. Sauf qu’il y a un gouffre entre eux et leur application. Les drames sanitaires et environnementaux se répètent faute de réels contrôles de l’application des textes européens. C’est bien là que résident les graves manquements de l’État », nous expliquait, il y a quelques mois, Serge Le Quéau, syndicaliste costarmoricain à SUD Solidaires.

En janvier dernier, le commissaire européen a donc informé les principaux intéressés d’« un audit en France, du 29 mai au 8 juin, en vue d’examiner l’application de la directive 2009/128/CE sur l’utilisation durable des pesticides (…) dont le respect des dispositions relatives à la sécurité de la manipulation des pesticides, d’une part, et aux cas d’empoisonnement chronique et aigu par des pesticides, d’autre part ».

S’ils ont fini par obtenir cette semaine d’enquête sur les différents ports (Lorient, Brest et Saint-Nazaire), ainsi que sur les sites de Glomel et de Plouisy (dans les Côtes-d’Armor) gérés par Triskalia, les militants ont aussi pris les devants. « On ne veut pas que l’équipe débarque dans des usines balayées exprès pour leur venue », prévient René Louail, paysan syndicaliste, membre du Collectif de soutien aux victimes des pesticides de Triskalia, qui, avec ses collègues, a recensé les questions qu’ils souhaitent voir prises en considération par la délégation.

Six morts et quatre personnes atteintes d’un cancer

À commencer par celles portant sur la cargaison de maïs traité à la phosphine déchargée sur le port de Brest. « On sait que le maïs a été embarqué en Roumanie, mais on ne sait pas où il a été produit. Aucun document n’atteste de l’origine du produit. Plus inquiétant, on a découvert que, sur les trois ports qui vont être visités par les experts européens, il n’existe aucun document sanitaire !, assène René Louail. J’accuse la région Bretagne, qui a la gouvernance des ports, de fermer les yeux et de ne pas imposer aux délégataires (les chambres d’agriculture et du commerce) d’exiger tous les documents permettant de savoir s’il existe un risque d’être empoisonné. » Les militants pointent également du doigt le site de Triskalia à Glomel, lequel servait d’entrepôt de pesticides et dont l’équipe a été littéralement décimée : six morts et quatre personnes atteintes d’un cancer.

« Cette délégation a la possibilité de faire la transparence sur ces dossiers et d’établir la responsabilité de l’État français dans la mauvaise déclinaison des directives européennes », martèlent les antipesticides. « On en a marre d’exposer nos vies au travail, marre que la région et le gouvernement ne respectent pas la législation. L’audit de la Commission européenne doit permettre de sortir de l’omerta », prévient René Louail.

Les précisions tardives du préfet

Sentant le vent tourner, le préfet du Finistère a communiqué la semaine dernière sur la cargaison de maïs traité à la phosphine, reconnaissant que « 1 630 tonnes ont été déclarées non conformes pour l’alimentation animale et détruites dans des méthaniseurs ». Une « information qui nous avait été tenue cachée jusqu’à présent, indique René Louail, acteur de la mobilisation antipesticides. Nous avons demandé au préfet de nous donner sous trente jours tous les éléments écrits concernant les résultats, protocoles de prise en charge des échantillons. On va faire de même avec la région : nous voulons avoir connaissance de toutes les aides accordées à Triskalia. »

 

 

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