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Un sommet européen confisqué par les extrêmes droites nationalistes (Patrick Le Hyaric)

« Certains pensent que je suis trop dur dans mes propositions sur la migration. Mais croyez-moi, si on ne se met pas d’accord dessus, vous verrez de véritables propositions dures venants de mecs très durs ». Tels sont les mots du président du Conseil européen Donald Tusk, qui a rassemblé hier soir les chefs d’État européen pour un sommet consacré en grande partie à la migration.

C’était une réunion qui devait donner une feuille de route pour la « réforme de la zone Euro et le budget européen » et qui au final a été confisquée par les lubies sur les migrants de la droite bavaroise, de la Ligue de Nord italienne menée par Mateo Salvini et du chancelier autrichien Sebastian Kurz.

Alors que les conclusions de ce sommet reconnaissent un tarissement de 95% des arrivés comparé au pic d’octobre 2015, ces trois-là auront réussi à relancer la polémique en fermant les ports italiens aux navires de sauvetage, en menaçant d’expulser des migrants d’Allemagne, ou en annonçant la fermeture des frontières autrichiennes si les Allemands expulsent.

Cet effet domino des populismes n’est pas sans conséquences puisque les pires solutions ont été remises sur la table. Ainsi on peut lire au point 5 du texte du Conseil européen :

« Le Conseil européen invite le Conseil et la Commission à examiner sans tarder le concept de plateformes régionales de débarquement, en coopération étroite avec les pays tiers concernés ainsi que le HCR et l’OIM. Ces plateformes devraient fonctionner en distinguant entre les situations individuelles, dans le plein respect du droit international et sans créer de facteur d’appel. »

Ce qui est proposé n’est rien de moins que des centres de rétention et de tri entre migrants hors des frontières européennes. Voilà à quel degré d’inhumanité on arrive lorsqu’on laisse la parole aux « mecs très durs » !

Abandonnée par l’Union européenne face au flux migratoires, l’Italie a tout de même obtenu l’établissement de centre de traitement des demandes d’asiles appelés « hotspots », comme ceux mis en place en Grèce. Ces centres se créeront que sur base volontaire, comme toutes les autres mesures de solidarité d’ailleurs. Quand il s’agit d’imposer l’austérité ce n’est jamais sur base volontaire !

Tout cela ne laisse rien présager de bon tant les mauvaises volontés sur la question migratoire sont au mieux dissimulées comme en France, au pire montées en slogan comme en Europe de l’Est.

Il est urgent d’opposer des solutions concrètes, humaines et respectant les droits des migrants à cette confiscation du débat par les extrêmes droites nationalistes et à l’imposition de leur agenda sur le durcissement des frontières.

Elles existent. Il faut dans un premier temps appliquer le droit international et le droit maritime qui nous oblige à porter assistance aux bateaux en perdition. La sécurisation de la mer méditerranée doit être une priorité. Il ne doit plus y avoir un seul mort sous notre garde.

Dans un rapport adopté à une large majorité par le Parlement européen en fin d’année 2017, nous proposions une refonte complète des règles sur l’accueil des migrants, garantissant leurs droits, et créant un système de solidarité entre États.

À leur arrivée les aspirants à l’asile pourraient faire connaitre leurs préférences, en fonction de l’existence de liens familiaux. Sans quoi, un système de répartition européen fondé sur la richesse du pays, sa population, ses capacités d’accueil s’enclencherait réduisant la pression sur les pays de premières lignes, l’Italie et la Grèce principalement.

Pour lever les obstacles des gouvernements récalcitrants un double système d’aides et de sanctions doit être créé pour orienter les fonds européens vers les pays qui jouent le jeu et afin d’en retirer une partie à ceux qui refusent toute solidarité européenne.

Ces propositions sont sur la table depuis plus de six mois, mais les atermoiements du Conseil européens bloquent toute avancée. Désormais que sa position est connue, il nous faut la combattre avec force et réaffirmer avec ces propositions du Parlement européen notre attachement aux droits humains et aux valeurs de solidarité, d’accueil et d’asile.

 

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