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Brésil. « Ils ont lâché les chiens » / Le Télégramme. 28 octobre 2018

Il a promis à ses opposants de gauche s’il est élu « la prison ou l’exil ». Alors qu’une dictature militariste ultralibérale, raciste, sexiste, homophobe pourrait être légitimée par les urnes au Brésil ce dimanche, Mélanie et Francisco, deux Quimpérois, apportent quelques éléments d’explication.

Mélanie et Francisco donnent des cours de capoeira à la MPT de Penhars depuis l’an passé. « Cette danse est historiquement une pratique de résistance d’anciens esclaves qui a été longtemps interdite et qui connaît toujours une certaine forme de discrimination car elle est pratiquée à la base par les noirs », dit la jeune femme. Mélanie Toulhoat, achèvera fin décembre sa thèse de doctorat à l’Institut des hautes études de l’Amérique latine (Paris 3 Sorbonne nouvelle) sur le thème « Rire de la dictature, rire sous la dictature. L’humour graphique publié dans la presse indépendante, une arme de lutte politique contre le régime militaire brésilien (1964-1985) ? ». Cette veille d’élection présidentielle au Brésil, la chercheuse n’avait pas le cœur à rire. Elle fait le point avec Francisco Paranhos, qu’elle a rencontré lors de son séjour de quatre ans au Brésil de 2012 à 2016. Ils sont ensuite rentrés ensemble à Quimper. Francisco, le Carioca, est aujourd’hui couvreur de métier.

Raciste, sexiste, homophobe

Vu de France, la situation au Brésil est difficilement compréhensible. Les propos de Jaïr Bolsonaro, celui qui a des chances d’être élu président ce dimanche, sont sidérants. Florilège : « Pinochet aurait dû tuer plus de gens » (1998) ; « L’erreur de la dictature fut de torturer et de ne pas tuer » (2016) ; « Je ne vais pas combattre ni discriminer, mais si je vois deux hommes qui s’embrassent dans la rue, je vais frapper » (2002) ; « J’ai dit que je n’allais pas te violer, parce que tu ne le mérites pas » (à une députée en 2003). Le plus significatif étant sans doute la justification de son vote pour la destitution de la présidente Dilma Rousseff, du Parti des Travailleurs en 2016. « Il l’avait dédié au colonel qui fut son tortionnaire pendant la dictature, rappelle Mélanie. Bolsonaro a lâché les chiens pendant cette campagne. Les agressions se sont multipliées contre ses opposants entre les deux tours ». Comment une majorité de Brésiliens peut-elle adhérer à un tel discours qui implique aussi l’exploitation à outrance de l’Amazonie en contradiction avec tous les engagements sur le climat ?

Démocratie jeune et fragile

« Le Brésil n’a pas soldé la période de la dictature contrairement au Chili ou l’Argentine, dit Mélanie. Aucun tortionnaire n’a été condamné ». « Son électorat est principalement lié à une oligarchie blanche, raciste, riche et ultralibérale, mais il y a aussi des pauvres, des noirs qui votent pour lui, ce qui paraît incompréhensible, continue la chercheuse. Au Brésil, les réseaux sociaux, notamment la messagerie instantanée WhatsApp sont alimentés par de grosses entreprises qui financent la propagation de fausses nouvelles en faveur de Jaïr Bolsonaro ».

« Il y a une forme de naïveté dans une partie de la population, ajoute Francisco. Le Brésil est une démocratie jeune et fragile et aujourd’hui affaiblie par la corruption. Le pouvoir judiciaire a un énorme poids et il s’est attaqué principalement au Parti des Travailleurs (gauche) jusqu’à la destitution de Dilma Rousseff pour corruption. Aujourd’hui, le candidat de l’extrême droite pourrait aussi être disqualifié pour corruption, mais rien ne se passe ». « Concernant son discours, une partie des Brésiliens pensent que ses propos les plus virulents sont des faux inventés par ses opposants, ajoute Mélanie. Par ailleurs, il n‘y a quasiment pas de média indépendant. La majorité des médias a contribué à la propagation des discours de Bolsonaro comme un candidat anti-système qui n’est pas corrompu. Mais il y a aussi une partie de la population qui a accepté ses discours de haine ».

« Ce qui m’inquiète surtout c’est de voir un tel candidat remporter des élections démocratiquement tout en mettant publiquement en doute la démocratie s’il ne gagne pas, ajoute Francisco. Le vice-président choisi par Bolsonaro est un général qui s’est prononcé contre la démocratie. S’il perdait ce dimanche, on peut craindre une spirale de violence ». « Je suis très pessimiste », conclut Mélanie.

 

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