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Suppressions de postes dans l’éducation nationale. Vrai-faux virage ou refus de priorité ? La réponse de Marine Roussillon, responsable du secteur école du PCF, à l'Huma

 

Ce qui se dessine, c’est le démantèlement du service public national

Avec l’annonce de suppressions de postes dans l’éducation nationale, Blanquer et Macron s’inscrivent dans la continuité de la politique menée par Sarkozy – faut-il rappeler que l’actuel ministre fut l’un des hommes clés de la politique éducative de la droite ? Ces nouvelles suppressions interviennent alors que notre système éducatif est déjà exsangue. Depuis plus d’une décennie, les conditions d’éducation de nos enfants ne cessent de se dégrader. Résultats : une crise du métier d’enseignant, dont témoignent les difficultés à recruter ; la réduction du temps passé à l’école, qui n’avait pourtant pas cessé d’augmenter depuis le XIXe siècle ; un accroissement sans précédent des inégalités entre les territoires et les familles.

La rhétorique de la « priorité » – à l’éducation, au primaire… – est mise au service de l’amplification des inégalités et de la casse du cadre national du service public : il s’agit toujours de déshabiller Pierre pour (mal) habiller Paul. L’école, pour faire réussir tous les enfants, n’a pas besoin d’être « prioritaire » : elle a besoin d’un développement de l’ensemble des services publics, pour sécuriser la vie des enfants et de leurs familles. Au sein même de l’éducation nationale, à quoi peuvent bien servir des CP à 12 si les enfants sont plus de 30 en CM1 ? Quant aux dispositifs spécifiques à « l’éducation prioritaire », ils contribuent à faire une école différente là où se concentrent les difficultés sociales, au mépris de l’exigence d’égalité.

Les suppressions de postes ne sont pas une simple mesure budgétaire : il s’agit d’un outil extrêmement efficace pour imposer des réformes qui vont à l’encontre des aspirations des enseignants, des personnels, des jeunes et de leurs familles. Le chantage aux moyens est la meilleure arme d’un ministère de plus en plus autoritaire.

Organiser la dégradation du service public tout en entretenant les aspirations légitimes des jeunes à l’éducation a ainsi pour conséquence de développer le recours au privé : au nom de la « pédagogie », Blanquer se fait le VRP de l’enseignement privé et des multinationales de l’edtech. Il instrumentalise les exigences des familles pour contraindre les collectivités locales à prendre en charge une part de plus en plus importante de la dépense éducative. Ainsi, en décrétant la scolarité obligatoire dès 3 ans, il ne change rien aux politiques nationales, ne fait rien pour améliorer les conditions d’accueil en maternelle, mais il oblige les municipalités à financer les maternelles privées au même titre que les publiques. Au lycée, les suppressions de postes seront un moyen d’imposer une réforme largement contestée et de faire accepter la réduction du nombre d’heures de cours. Enfin, l’insupportable pénurie que ces nouvelles suppressions provoqueront permettra d’imposer le recours à des personnels moins qualifiés et moins payés que les enseignants, en dehors du statut de la fonction publique : déjà, des modifications de statut permettent d’exiger des Atsem qu’ils prennent en charge des activités pédagogiques et la loi Blanquer prévoit de demander aux surveillants de remplacer les profs absents. Ce qui se dessine, c’est le démantèlement du service public national au profit d’une école à la carte, différente en fonction des familles et des territoires. Dans l’éducation comme ailleurs, il s’agit de casser tous les cadres collectifs qui auraient pu protéger les salariés et les citoyens de demain.

Dans les mobilisations qui se développent, les communistes portent un tout autre projet pour l’école et la société : il ne s’agit pas seulement de créer tous les postes nécessaires pour répondre aux besoins, de la maternelle à l’université, mais bien de mettre ces moyens au service d’une transformation du système éducatif, pour que tous les jeunes s’approprient une culture commune ambitieuse, leur permettant de maîtriser leur avenir comme celui de la planète.

Marine Roussillon

Maître de conférences à l’université d’Arras et responsable du secteur école du PCF

 

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