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PCF. Élections européennes. Et si une ouvrière du Nord s’invitait à Strasbourg ?/ L'Humanité. 15 novembre 2018

Le lobby des gens contre le lobby de l'argent ! Première annonce de candidature auprès de Ian Brossat : Marie-Hélène Bourlard une femme, ouvrière, du Nord, syndicaliste et communiste. Elle est aussi une héroïne de Merci Patron, le film de François Ruffin.

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Militante communiste, syndicaliste, Marie-Hélène Bourlard, l’une des protagonistes de Merci patron !, veut mettre son expérience au service de l’intérêt général.

Sous les néons de son ancienne usine, sur la moquette de l’assemblée générale des actionnaires de LVMH ou comme ce jour-là devant un steak-purée, le discours de Marie-Hélène Bourlard ne varie pas d’un iota. Dans sa maison de ce petit village d’Orsinval, à une vingtaine de kilomètres de Valenciennes, l’ancienne ouvrière, qui a connu son heure de gloire en participant au film de François Ruffin Merci patron !, garde l’intérêt général au cœur. C’est le sens de son dernier engagement, aux côtés de Ian Brossat, sur la liste pour les élections européennes, dont une partie sera révélée aujourd’hui à Lille par le chef de file des communistes.

Marie-Hélène continue un combat engagé… en 1974

« Ian m’a contactée à la journée à la mer de Malo-les-Bains », organisée chaque année par les communistes du Nord pour permettre aux enfants privés de vacances d’aller à la plage. « Il voulait quelqu’un qui vienne du terrain », confie celle qui, outre son militantisme au PCF depuis 1978, est aussi bénévole aux Restos du cœur du Quesnoy, près de chez elle. Et même nouvellement retraitée, elle donne de son temps à l’union confédérale des retraités CGT. En fait, Marie-Hélène continue un combat engagé… en 1974. Cette année-là, elle entre à l’usine Bidermann de Poix-du-Nord, à 16 ans, comme ouvrière presseuse. « Je repassais les costumes. » Un peu de rêve, Givenchy, Cardin ou Courrèges ; un peu d’enfer, des conditions difficiles, « 40 degrés l’été » ; le tout inaccessible pour des ouvriers. Payée à la pièce, « ce qui ne permettait pas de vivre correctement », Marie-Hélène prend part à sa première grève « pour les salaires » au bout d’une semaine.

Son père, fondeur chez Usinor, était syndiqué CGT, mais ses parents n’étaient pas particulièrement militants. Elle prend sa carte à la CGT et, de fil en aiguille, la déléguée syndicale lui propose de la remplacer. Ce qui ne lui vaudra pas que des compliments. « Je me souviens, un lendemain de grève, la chef d’atelier me dit : “il n’y a pas de travail pour toi à ton poste” et me change de machine. » Punition ? Sur un outil qu’elle ne connaît pas, et dont la cellule de sécurité a été désactivée, elle se brûle gravement la main gauche, mais gagne l’engagement indéfectible de « toujours se battre pour les conditions de travail et la sécurité ».

C’est cette battante qui, en 2016, emmène François Ruffin, pas encore député France insoumise, chez Jocelyne et Serge Klur, deux employés d’Ecce, qui deviendront les personnages centraux de Merci Patron !. Ruffin pousse la syndicaliste à acheter un titre de LVMH pour « monter à Paris et intervenir à l’assemblée générale des actionnaires », explique-t-il dans le film. « On s’attaque toujours au contremaître, au directeur… Là on allait voir le grand patron ! », se remémore Marie-Hélène. « Est-ce que les actionnaires sont prêts à perdre un tout petit peu d’argent pour que 147 salariés vivent encore ? » avait lancé Marie-Hélène Bourlard à Bernard Arnault.

Une fierté ouvrière qu’elle aurait bien aimé continuer à exprimer dans son travail. « Même si on était exploités, on aimait bien ce qu’on faisait », avance-t-elle. À Poix-du-Nord, Bidermann puis Ecce (Entreprise de confection et de commercialisation européenne), sous-traitait pour LVMH des costumes vendus plus de 1 000 euros pièce… pour un coût de main-d’œuvre de moins de 30 euros. Mais même en insistant sur ce fossé, soupire la syndicaliste, les ouvrières (dans l’usine, les femmes étaient largement majoritaires) s’estimaient « chanceuses ». Elles gagnaient peu – « 1 000 euros net par mois pour 36 ans de présence », calcule Marie-Hélène –, mais « quand le mari ou le fils est au chômage… » Une quarantaine d’emplois a bien été préservée, transférée à Prouvy, à 40 kilomètres de là, mais la production est tout de même partie en Pologne. Marie-Hélène, elle, s’est reconvertie en ambulancière jusqu’à sa retraite l’an dernier. Mais elle n’a pas complètement lâché son rôle. Après coup, la syndicaliste était allée en Pologne rencontrer les ouvrières. Depuis, elles aussi ont perdu leur emploi, délocalisé en Bulgarie. De quoi nourrir encore sa réflexion et son action.

Son combat pour une « Europe plus juste et plus humaine »

« Tout le monde doit travailler. Mais ce serait plus facile sans concurrence. Si on avait un Smic européen par exemple… » Avec « des députés qui puissent faire peser ces idées au Parlement européen », il serait possible de « renégocier les traités pour faire l’Europe sociale ». Et aussi de « faire disparaître la directive sur les travailleurs détachés », détaille-t-elle. Son mari, Alain, ancien imprimeur, approuve : « Sans arrêt on voit passer des transporteurs étrangers sur la route. Et des camionnettes immatriculées en Pologne ou au Portugal, chargées de gars qui viennent sur les chantiers travailler au forfait dans des conditions terribles… » Pour le profit de grandes entreprises qui font jouer la concurrence « libre et non faussée »… C’est une « Europe plus juste et plus humaine » qu’il nous faut construire, conclut son épouse.

L’ouvrière ne s’en est jamais cachée : elle fait de la politique « dès que l’occasion se présente ». « Et même quand elle ne se présente pas », plaisante Alain. C’est qu’elle refuse de laisser filer les événements. Marie-Hélène livre un exemple : à Poix-du-Nord, où l’usine était « structurante » dans le paysage politique et citoyen, entre la parole de la CGT et celle du PCF, « on gardait la ville à gauche ». Depuis la fermeture de l’usine, la commune a basculé à droite, avec « de très forts scores du FN » (62,43 % pour Marine Le Pen au second tour de la présidentielle, 58,80 % au second tour de la législative)… Une illustration de la nécessité de ne pas lâcher de terrain. À Poix-du-Nord, Le Quesnoy ou Orsinval, comme dans le Nord, en France et en Europe.

 

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