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Quimper. Les Arcades rachetées. L’arrêt de mort du Quai Dupleix ? Le Télégramme. 19 janvier 2019

 

La municipalité LR - UDI - Modem de Quimper n'aime pas l'art contemporain, ni le théâtre pour enfants, plus généralement la vie associative et culturelle.
Elle confirme qu'elle n'aime pas le cinéma d'art et d'essai.
Elle trouve de l'argent pour truffer la ville de caméras, mais pas pour sauver le Quai Dupleix. Va-t-elle le laisser assassiner ? On ne peut imaginer une telle issue dans une ville où l'attachement au cinéma d'art et d'essai plonge loin ses racines, avec la création du Chapeau Rouge dans les années 80, devenu par la suite Quai Dupleix, autour duquel s'était greffé un festival de cinéma avec Marc Ruscart.
Comme le rappelle Le Télégramme, le Quai Dupleix fait partie des 182 cinémas, sur les 1 204 classés art et essai en France, à posséder les trois labels : « Recherche et découverte », « Patrimoine et répertoire » et « Jeune Public ».
Le cinéma a tissé des liens avec les enseignants, les scolaires forment une part importante de son public, et avec les associations de la ville.
Lors du 1er rachat par le groupe Mégarama, l'élu communiste Piero Rainero était intervenu pour que la municipalité assume ses responsabilités pour préserver le Quai Dupleix. Déjà l'adjoint aux finances avait répliqué en substance que la ville n'avait pas à se mêler de transactions privées...

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Solenn Rousseau, directrice de Gros Plan, Catherine Auclaire et Patricia Le Bail, membre et présidente du conseil d’administration de Gros Plan : « L’art et essai est le cadet des soucis de la majorité municipale », déploraient-elles mercredi, sans savoir alors que la cession des Arcades est prévue fin février. À l‘été 2017, le Groupe Mégarama rachetait le cinéma Les Arcades, au sein duquel le Quai Dupleix exploite deux salles. Mégarama prépare désormais la cession du cinéma à un autre opérateur privé. L’association Gros Plan, programmatrice du Quai Dupleix, n’a pas été informée. Un « happy end » semble peu probable.

Cinéville : 84 % ; Les Arcades : 5 %. Et le Quai Dupleix ? 11 % de parts de marché. En 2018, le cinéma art et essai a de nouveau tiré son épingle du jeu. Et ce, malgré ses deux seules petites salles (204 places), malgré les manifestations des gilets jaunes qui lui ont fait perdre environ 2 000 entrées sur les sept samedis de la fin de l’année. Le petit Poucet des cinémas quimpérois a comptabilisé 58 638 entrées, soit une progression de 1,65 % (57 685) par rapport à 2017. Performance d’autant plus remarquable qu’aucun des films projetés n’a comptabilisé plus de 2 000 entrées. « BlacKkKlansman », de Spike Lee, arrive en tête avec 1 826 entrées, devant « En Liberté ! », de Pierre Salvadori (1 653), « Une affaire de famille » (1 636) et « Three Bilboards » (1 516). Et pour cause : l’association Gros Plan, qui se charge de la programmation, n’a pas les moyens de les garder à l’écran plus de cinq semaines en raison du nombre de sorties hebdomadaires. Le turn-over est impressionnant : en 2018, elle a programmé 248 films sur deux écrans, quand le Cinéville en a projeté 362 sur ses dix écrans !

« L’art et essai est le cadet des soucis de la majorité municipale »

Voilà qui souligne, s’il le fallait encore, le potentiel de ce cinéma art et essai, et la présence, dans l’ADN quimpérois, d’une indécrottable cinéphilie. De celle qui fait dire à l’acteur Viggo Mortensen, dans une très récente interview : « En France, c’est un geste naturel d’aller se cultiver au cinéma ». Les membres du conseil d’administration de Gros Plan, réunis le 8 janvier dernier, avaient donc des raisons de se réjouir. Ce, d’autant plus que tout leur travail d’éducation à l’image auprès du jeune public représente 40 % de la fréquentation du Quai Dupleix. Il n’en a rien été. Depuis 2014, Gros Plan alerte la municipalité, sans guère de retours, sur la position précaire du Quai Dupleix, à la merci d’un propriétaire privé qui, soit dit en passant, est aussi un concurrent. « Ce que nous ressentons, c’est que l’art et essai est le cadet des soucis de la majorité municipale », regrettaient d’une même voix, mercredi, Patricia Le Bail, présidente, Catherine Auclaire, membre du conseil d’administration, et Solenn Rousseau, directrice de Gros Plan. 

Personne n’est venu voir la ville »

Leurs regrets vont probablement décupler. Joint jeudi, Jean-Pierre Lemoine, PDG du groupe Mégarama, annonce qu’il prépare la cession des Arcades à un autre opérateur cinématographique privé, déjà très présent en Cornouaille. La vente sera, selon ses dires, signée fin février. Contacté ce jeudi, Georges Philippe Fontaine, adjoint aux finances, assure qu’il n’a « aucune info particulière. Personne n’est venu voir la ville. Nous sommes souvent les derniers informés ». Étonnant, quand on sait que la municipalité verse 104 000 € par an à Mégarama pour louer, via une régie, les deux salles du Quai Dupleix. Quoi qu’il en soit, que va devenir le Quai Dupleix ? Le nouvel opérateur continuera-t-il à percevoir le coquet loyer municipal ? S’il a d’autres projets, y aura-t-il une volonté politique de trouver un nouveau refuge pour l’art et essai ? La survie du Quai Dupleix, qui est l’un des 182 cinémas art et essai de France doté des trois labels (*), ne semble plus tenir qu’à un fil.

« Nous avons été loyales »

Le conseil d’administration de Gros Plan avait plusieurs fois pointé ce risque. Au début du mandat de Ludovic Jolivet, la possibilité de racheter les autres salles des Arcades, pour asseoir l’art et essai, faisait partie des scénarios que défendait l’adjoint à la culture, Allain Le Roux, que nous n’avons pu joindre. Puis le dogme comptable, notamment incarné par Georges Philippe Fontaine, adjoint aux finances, a eu raison de cette piste. Le rachat des Arcades par Mégarama, à l’été 2017, a pris tout le monde de court. Depuis, la ligne défendue par Allain Le Roux apparaissait fragilisée. En janvier 2018, il s’était engagé à informer Gros Plan de l’évolution du dossier. « Il nous a toujours dit d’être patients, de respecter le temps politique. Nous avons respecté à la lettre ce pacte, nous avons été loyales mais la Ville nous considère toujours comme des amateurs », déplorait Patricia Le Bail, mercredi, avant ce dernier épisode.

(*) Le Quai Dupleix fait partie des 182 cinémas - sur les 1 204 classés art et essai en France - à posséder les trois labels : « Recherche et découverte », « Patrimoine et répertoire » et « Jeune Public »

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