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« Retirada ». Quand les exilés espagnols arrivaient à Quimper en 1939. Le Télégramme. 19 février 2019

Il y a 80 ans, Barcelone tombait sous les assauts nationalistes de Franco. La guerre provoquait l’exode d’un demi-million d’Espagnols vers la France. Certains d’entre eux ont été accueillis à Quimper où la population était partagée entre inquiétude et solidarité.

« Des mères, des enfants, des vieillards, des malades et des blessés nous tendent des mains suppliantes », peut-on lire dans l’ancêtre du Télégramme, La Dépêche de Brest, le 9 février 1939. La veille, un nouveau convoi de réfugiés espagnols devant être répartis dans le Finistère était arrivé à la gare de Quimper. Il comprenait 695 personnes dont un peu plus de la moitié restait sur place. À cette date, environ 4 000 réfugiés, venus chercher l’asile dans le département, avaient fui la guerre d’Espagne et le régime de Franco. Des quatre arrondissements, celui de Quimper accueillait le plus d’Espagnols. Et c’est là que se trouvaient les deux centres les plus importants du département : Poulgoazec et le manoir du Dourdy à Loctudy. « Devant une telle détresse et tant d’innocente misère, donnez, donnez suivant vos possibilités, mais donnez de bon cœur », suppliait le Comité d’aide aux réfugiés de Quimper. Un de ses membres écrivait alors une lettre au maire pour demander une meilleure coordination des actions de solidarité « en dehors de toute considération politique ». La missive, conservée aux archives municipales est signée Louis Poirier. En fait, l’homme n’est autre que l’illustre écrivain mieux connu sous son nom de plume Julien Gracq, professeur au lycée de la ville, à l’époque.

Quand l’Hermania remontait l’Odet

À Quimper, les réfugiés espagnols arrivèrent dès 1937. L’anecdote la plus célèbre restée dans les mémoires est celle de l’Hermania. Le 22 octobre, le chalutier espagnol, avec 26 personnes à son bord, remonta l’Odet à la marée jusqu’à Locmaria, croyant remonter la Garonne et arriver à Bordeaux. « Aux dires de ceux qui virent arriver le chalutier, celui-ci marchait à toute vitesse », racontait La Dépêche de Brest. Parallèlement, en bord de mer, les réfugiés affluaient. Malgré les appels à la solidarité, nombreux étaient les habitants et responsables politiques, à l’instar du général de Penfentenyo, le maire de Loctudy, qui ne voyaient pas ces arrivées d’un bon œil, alors que la guerre grondait à l’Est et menaçait bientôt la France. À Douarnenez par contre, les ancêtres de Bruno Le Gall, le conservateur des archives municipales de Quimper, ont su montrer une grande solidarité. « Une histoire d’humanité classique », dit-il, très humblement. Mais faire preuve d’humanité en des temps troublés n’est pas chose aisée. Émue par une jeune Espagnole enceinte et sur le point d’accoucher, arrivée par bateau au Port-Rhu, Marie-Louise Tirilly avait insisté pour l’héberger. Quelques jours plus tard, elle avait donné naissance à une fille baptisée, en hommage, Maria-Louisa. Après être restées un certain nombre de mois à Douarnenez, la jeune femme et sa famille avaient été rapatriées vers l’Espagne puis avaient migré au Pérou.

Un demi-million d’exilés en une semaine

Suite à l’arrivée des franquistes dans Barcelone le 26 janvier 1939, en l’espace d’une semaine un demi-million d’exilés ont traversé la frontière française pour éviter la répression. La Retirada (la retraite) est considérée comme l’un des exodes les plus massifs de l’histoire contemporaine en Europe. Paris n’autorisa l’ouverture de ses frontières que le 28 janvier. La triste réponse française fut ensuite de parquer ces gens dans des camps comme à Argelès-sur-Mer (Pyrénées-Orientales) ou ailleurs. Puis, dès le mois d’avril 1939, « des milliers d’Espagnols étaient embrigadés dans des compagnies de travailleurs étrangers pour fortifier les frontières, ou édifier, par exemple, la base des sous-marins de Brest », selon l’association Mere 29, (Mémoire de l’exil républicain espagnol dans le Finistère). « Certains étaient envoyés dans des camps nazis comme Mauthausen en Autriche, d’autres rejoignaient le maquis et entraient dans la Résistance ».

L’histoire de ces réfugiés s’est inscrite ainsi, à part entière, dans celle de la France.

Voir aussi :

Retirada. Le Dourdy , château d'accueil ici

 

 

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