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Une refondation de l’Union européenne pour une souveraineté populaire sur l’argent

Dans l'Humanité du 28 juin, cette tribune de Frédéric Boccara, Yves Dimicoli et Denis Durand, membres de la commission économique du PCF :

 

Le vote d’une majorité de Britanniques pour sortir de l’UE souligne le besoin urgent d’une refondation de la construction européenne. Il résulte pour une large part de la souffrance de ce peuple face aux politiques de baisse du coût du travail et de privatisations. Ce nouveau choc révèle l’ampleur du désaveu populaire vis-à-vis de l’Union européenne (UE) néolibérale et des dirigeants nationaux qui, au mépris de plusieurs alertes, ont persisté dans leur soumission aux injonctions des marchés financiers.

Ce sont ces politiques qu’il faut maintenant vraiment rejeter et changer ! Les peuples ont été dépossédés de toute maîtrise de leur devenir. Leur argent, celui des banques et de la Banque centrale européenne (BCE), alimente les « panzers » de l’austérité, avec un seul mot d’ordre : accroître les profits. La perspective immédiate au Royaume-Uni, c’est : encore plus d’austérité avec le danger d’une nouvelle récession, plus de soumission aux marchés, plus de tensions et de racisme dans la société. Une nouvelle crise financière couve dans toute l’Europe.

Ces catastrophes économiques nourrissent la catastrophe politique, avec le rejet des étrangers, la montée de l’extrême droite en Autriche, en Hongrie, en Pologne, en Allemagne et en France, selon les mêmes mécanismes qui ont permis aux forces les plus réactionnaires de gagner une majorité de Britanniques au vote pour le Brexit. On sait où peut mener un déchaînement de la xénophobie et des nationalismes.

Lutter sans attendre pour une refondation radicale de la construction européenne est donc indispensable.

Les objectifs tant vantés de paix et de prospérité sur le continent doivent cesser d’être contredits par les moyens avec lesquels les gouvernements prétendent les atteindre : concurrence libre et non faussée, monnaie unique monopolisée par les marchés financiers via une BCE à leur service, fuite en avant fédéraliste éloignant sans cesse davantage les décisions des citoyens. C’est la BCE qui, sur l’injonction du grand capital allemand et du fait de la lâcheté de dirigeants politiques comme François Hollande, a foulé aux pieds la volonté démocratiquement exprimée du peuple grec et de son gouvernement.

De l’autre côté, les nationalistes de tout poil occultent le cœur du sujet – la dictature de la finance – et proposent une véritable union sacrée de chaque nation derrière sa bourgeoisie prétendument nationale. Ce serait une folie. Cela lancerait les différents peuples européens dans un nouveau stade de guerre économique intra-européenne.

Nous souffrons du même ennemi : cette finance, qui n’a de cesse d’attaquer l’emploi, de délocaliser et de soumettre les services publics.

Nous savons donc où il faut frapper en priorité. En France, cela commence par le retrait immédiat de la loi El Khomri et le choix d’un budget de soutien à l’activité, à l’investissement efficace, ainsi qu’aux services publics. En Europe, il faut un programme de soutien des dépenses – pour les services publics, la protection sociale – et de l’emploi. Cela exige de mettre en cause le pacte de stabilité budgétaire, verrou des politiques d’austérité.

Tout de suite, l’action de la BCE doit changer.

Le pouvoir de la BCE est immense car il porte sur l’utilisation de l’argent des Européens ; il est dans les mains des marchés financiers. La BCE a réduit ses taux d’intérêt à zéro, mais sans changer les critères de distribution du crédit ; elle déverse 80 milliards d’euros chaque mois sur les marchés financiers en les laissant décider où va cet argent ! De là, la faiblesse et la précarité de la reprise de la zone euro, à laquelle le Brexit peut donner le coup de grâce.

Ce ne sont pas les marchés, ce sont les peuples qui doivent décider de l’utilisation de ces euros. Cette exigence s’exprime dans toute l’Europe, par exemple avec la campagne Money for people. Quatre mesures immédiates peuvent être prises.

Tout de suite, avec une partie de ces 80 milliards d’euros mensuels, la BCE doit donner un ballon d’oxygène aux services publics (santé, enseignement, logement, recherche…) dans toute l’Union européenne au lieu de soutenir à bout de bras les cours de Bourse ! C’est possible en créant un fonds de développement européen qui financerait aussi bien les États que les collectivités territoriales lorsqu’ils développent les services publics.

Tout de suite, une autre partie des milliards de la BCE doit servir à refinancer des crédits bancaires, mais seulement si ces crédits financent des projets répondant à des critères économiques (création de valeur ajoutée), sociaux (emploi) et écologiques.

Tout de suite, la BCE doit refuser toute liquidité aux banques si elles nourrissent la financiarisation, les délocalisations, l’évasion fiscale.

Cela demande de mettre en place dans l’urgence un suivi démocratique de l’action de la BCE et des banques centrales nationales qui, avec elle, forment l’eurosystème.

Ce serait une pièce centrale de la refondation d’une Union de type confédéral entre peuples et nations libres, souverains et associés. C’est ce que la France devrait réclamer à la table des négociations européennes.

Il s’agit au total d’organiser le combat pour une souveraineté populaire sur l’argent et pour un tout autre modèle social et écologique en Europe.

 

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