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Engagés pour la paix en Palestine : l'amiral Laurent Mérer et sa femme Corinne

Il y a quelques jours, aux Halles St François à Quimper, l'ancien préfet maritime de l'Atlantique, l'amiral Laurent Mérer, aujourd'hui en retraite, et sa femme Corinne, rentrés en mai dernier d'un séjour de 3 mois aux côtés des Palestiniens, répondaient à l'invitation de l'Association France Palestine Solidarité du Pays de Cornouaille.

À la suite d'un voyage personnel en Israël et en Palestine en octobre 2015 où ils ont découvert les réalités de l'occupation, ils ont pris contact avec le Conseil œcuménique des Églises qui organise des séjours de 3 mois de volontaires internationaux pour soutenir et accompagner les populations palestiniennes durement éprouvées.

C'est ainsi qu'ils ont participé au printemps avec d'autres « Internationaux » à un programme de protection des populations en Palestine occupée, partageant leur quotidien, notamment à Jérusalem Est et Hébron, où la pression des colons israéliens est très forte.

Mais aussi sur d'autres points où se regroupaient les différents participants à ce programme.

Laurent Mérer fait observer que le groupe qui devait leur succéder ne pourra couvrir le même nombre de sites, plusieurs de ses membres s'étant vu refuser l'entrée en Israël...

 

Pour Laurent et Corinne Mérer, cette présence aux côtés des Palestiniens est un geste d'humanité, de soutien, mais aussi un moyen de les protéger, de rendre leur vie moins difficile car les Israéliens craignent le regard des observateurs étrangers.

Même si cette présence ne suffit pas toujours à empêcher la violence à l'égard des populations vivant dans ces territoires occupés.

L'ancien haut responsable de la Marine française n'hésite d'ailleurs pas à faire le parallèle avec la France occupée pendant la seconde guerre mondiale, sauf que cela fait 50 ans que la Palestine vit cette situation...

 

Les difficultés du quotidien, la violence de l'occupation, son inhumanité, ont pris corps avec le récit et les photos du séjour de Laurent et Corinne Mérer, essentiellement à Hébron pour lui, à Jérusalem-Est pour sa femme.

Témoigner fait partie de notre engagement, disent-ils.

Ils ont su toute la soirée dans un dialogue à 2 voix, puis en répondant aux questions des personnes présentes, faire partager ce qu'ils avaient vécu, ce qu'ils avaient vu.

 

Au cours de ces 3 mois, ils ont été au plus près du quotidien des Palestiniens : présence dès 4h du matin aux check-points pour accompagner les travailleurs palestiniens soumis pendant des heures à l'arbitraire des Israéliens ; accompagnement des enfants jusqu'à leur école pour leur permettre de franchir les check-points et les protéger contre les agressions des colons, à Hébron notamment ; soutien aux familles dont les maisons ont été démolies ou qui ont perdu un des leurs ; accompagnement des Palestiniens musulmans ou chrétiens jusqu'à leurs lieux de culte ; protection des villageois et des Bédouins, victimes de destruction de leurs champs d'oliviers, d'attaques nocturnes contre leurs troupeaux, de pillages...

 

Témoignages souvent insoutenables de l'oppression et de la violence que subissent les Palestiniens.

Violence de l'armée d'occupation, tel ce jeune soldat israélien qui tire dans le genou d'un enfant palestinien de 15 ans, en faisant un infirme à vie, et répond à Laurent Mérer qui lui demande pourquoi il a fait cela: « Ce sont les ordres, il faut les neutraliser sans en faire des martyrs ».

Un certain nombre de ces soldats jetés à 18 ans au sortir du lycée dans l'horreur de cette guerre d'occupation dont ils sont le bras armé sont d'ailleurs des franco-israéliens.

Interpellations brutales, fouilles humiliantes.

Destruction de maisons palestiniennes, d'équipements, comme cette école pour enfants bédouins financée par la France, rasée par des bulldozers aussitôt qu'achevée.

Violence des colons. Violence armée elle aussi, agressions et harcèlement permanent, rapines.

Palestiniens traités comme des animaux, avec les encouragements de ministres d'extrême-droite.

L'amiral Mérer dit n'avoir jamais connu une telle horreur auparavant.

 

Interrogé sur la question religieuse en Palestine, il répond qu'il s'agit d'un conflit pour l'appropriation de territoires, et non d'un conflit religieux. Il note que les Palestiniens chrétiens subissent eux aussi une très forte oppression, les poussant à partir, que le gouvernement israélien vise à dépeupler la Palestine de ses habitants chrétiens , et qu'il y parvient.

Car, explique-t-il, cela sert les intérêts d'Israël qui veut faire passer les résistants palestiniens pour des terroristes islamiques en guerre contre un État qui se revendique juif, et ceux qui critiquent sa politique pour des antisémites.

À ce sujet, en réaction aux déclarations de Manuel Valls assimilant antisionisme et antisémitisme, l'ancien préfet maritime, qui fit un passage au cabinet de Lionel Jospin, a écrit en mars dernier dans un courrier de Palestine publié par le diocèse de Quimper : « Quelle absurde confusion. Je rêve d’amener mon ancien collègue du cabinet Jospin à la sortie de l’école Cordoba* lorsque les soldats lourdement armés pointent des enfants de six ans, ou lui faire découvrir le check point de Tarqumia** à quatre heures du matin, quand les hommes en longues files sont traités chaque nuit comme des bêtes. »

 

Laurent et Corinne Mérer évoquent aussi leurs contacts avec les nombreuses associations qui militent pour la paix en Palestine et en Israël, et notamment les mouvements pacifistes israéliens, comme les Femmes en Noir, ou Breaking the Silence, organisation d'anciens soldats née justement du refus de ces actes inacceptables qu'on leur fait accomplir.

En Israël des militaires de haut rang, des intellectuels, des journalistes, des citoyen-ne-s commencent à prendre conscience de l'impasse dans laquelle la politique de leurs dirigeants entraîne leur pays.

L'amiral Mérer cite un article récent d'un journal israélien : « Chers compatriotes, pendant que vous dormez, on tue des gosses. Moi citoyen israélien je suis complice. Vous êtes complices. Et nous serons redevables devant l'Histoire. »

Mais ces femmes, ces hommes courageux restent très minoritaires, les dirigeants israéliens et les mouvements d'extrême-droite ont réussi à instiller la peur et la haine dans la population israélienne.

 

Alors que faire ? Témoigner, inlassablement, comme le font les époux Mérer depuis leur retour, pour faire connaître la réalité, alerter, réveiller les consciences, faire bouger l'opinion publique. Et nos dirigeants.

 

Et pour finir sur une note plus optimiste, ces propos de Laurent Mérer l'autre soir à Quimper au sujet de la Palestine : « Cette terre a connu bien des occupations. Elles ont toutes eu une fin. Il en sera de même pour l'occupation actuelle. »

 

Yvonne Rainero

 

*école palestinienne à Hébron

** ville à l'ouest d'Hébron

 

 

Laurent et Corinne Mérer à Quimper aux côtés d'Yves Jardin, président du groupe du pays

de Cornouaille de l'AFPS

 

 

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