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À Châteaubriant, des appels à « être dignes » des 27 fusillés de 1941

Gérald Rossi /L'Humanité / 24 Octobre 2016

Photo de Patrice Morel :

Camille Lainé (MJCF) et Pierre Laurent (PCF) rendent hommage aux 27 fusillés

dans la carrière de la Sablière.

 

Sur le site de la Sablière, plusieurs centaines de personnes ont rendu hommage, hier, en présence de personnalités comme Pierre Laurent (PCF), Philippe Martinez (CGT), ou encore le secrétaire d’État Jean-Marc Todeschini, aux 27 otages assassinés par les nazis, il y a 75 ans.

Le souvenir est toujours vif. En dépit d’une météo particulièrement médiocre, c’est un public à la fois attentif, ému et combatif, qui a participé hier à la cérémonie marquant le 75e anniversaire de l’exécution de 27 otages par l’armée allemande, le 22 octobre 1941, dans la carrière de la Sablière, à Châteaubriant (Loire-Atlantique). Ce jour-là, à 15 h 50, 16 heures et 16 h 30, trois salves ont ôté la vie à ces jeunes hommes morts en chantant la Marseillaise, après avoir refusé de se laisser bander les yeux. Le même jour, 16 otages ont été exécutés à Nantes, au champ de tir du Bêle, et cinq autres au Mont-Valérien. « Leur massacre est le départ des exécutions massives perpétrées à titre de représailles par les Allemands », rappelle un fascicule édité par le ministère de la Défense.

Samedi, une nouvelle stèle devait être inaugurée sur le terrain du camp de Choisel, qui, qui a compté jusqu’à 45 000 prisonniers, était le plus important centre d’enfermement de Châteaubriant. Les cérémonies organisées sous l’égide de l’Amicale Châteaubriant-Voves-Rouillé-Aincourt, présidée par l’ancienne résistante Odette Nilès, étaient marquées cette année par la présence de Pierre Laurent et Philippe Martinez, respectivement dirigeants du PCF et de la CGT, du secrétaire d’État à la Mémoire et aux Anciens combattants, Jean-Marc Todeschini, ou encore du directeur de l’Humanité et député au Parlement européen, Patrick Le Hyaric.

« Soyons dignes d’eux »

En marge du défilé qui a conduit les participants du rond-point Fernand-Grenier à la carrière, avec dépôts de gerbes de fleurs, nombreux sont ceux qui ont tenu à se recueillir devant les stèles portant les noms et la photo des 27, dont Claude Lalet, « 21 ans, de Paris, étudiant » ; Jules Auffret, « 29 ans, maire adjoint communiste de Bondy (Seine-Saint-Denis) », ou encore Guy Môquet, « 17 ans, de Paris, étudiant, militant de la Jeunesse communiste clandestine ». Dans la foule, parmi les autocollants de la CGT, du PCF, du Mouvement jeunes communistes de France (MJCF), de nombreux badges sont arborés reproduisant le monument érigé dans la carrière avec la mention sobre mais chargée de sens : « Soyons dignes d’eux. »

Un message que Pierre Laurent a relayé à son tour : « Nous n’avons pas le droit d’oublier le crime, ni ceux qui en ont été les acteurs, nous sommes là en mémoire de nos frères. » Le secrétaire national du PCF a évoqué « ces hommes qui ont rallumé les étoiles de la fraternité humaine » et « qui ne voulaient renoncer ni à leur humanité, dans leur diversité, ni à l’humanité du monde ». Accompagné à la tribune par Camille Lainé, secrétaire générale du MJCF, Pierre Laurent a insisté sur la toujours actuelle « détermination qu’il faut démultiplier pour déjouer les scénarios du pire ». « Allons nous plier ou résister ? » a-t-il interrogé, dénonçant la criminalisation des syndicalistes, car « ce n’est pas un honneur à la mémoire » de ceux célébrés ce 23 octobre. Pierre Laurent a alors « renouvelé l’appel au rassemblement des hommes et des femmes de progrès » dans la perspective des prochaines échéances. « Nous devons ensemble construire un monde de fraternité » contre les exclusions, la xénophobie, a-t-il invité, en lançant : « Oui, nous serons unis pour revendiquer le droit à la paix et au bonheur. »

Philippe Martinez a lui aussi salué « ces militants exemplaires dont la mémoire ne peut pas s’effacer ». En dénonçant « la haine de l’autre », le secrétaire général de la CGT a fustigé « un FN qui parfois séduit avec ses idées simplistes, alors qu’il ne peut y avoir aucune place pour la xénophobie dans notre pays ». Pour lui, le « combat » à mener est celui pour « accentuer encore (les) actions pour être des héritiers fidèles » des 27. « Nous comptons sur cette jeunesse, ici présente, pour mener ce combat », a-t-il poursuivi.

Avant le spectacle au cours duquel des bénévoles, dont de nombreux jeunes communistes, ont incarné les 27, Jean-Marc Todeschini, concluant l’hommage, a rappelé lui aussi que « le choix des otages ne s’est pas fait pas hasard. Ils étaient syndicalistes, ils étaient communistes ». « Leur combat demeure. (...) Puisse cette confiance en l’avenir nous inspirer pour les défis à venir », a insisté le secrétaire d’État à la Mémoire et aux Anciens combattants, qui a annoncé le versement d’une aide de 110 000 euros à l’Amicale de Châteaubriant pour faire vivre cette mémoire.

 

Gérald Rossi.

 

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On peut regarder aussi sur le site d'Ouest-France une courte vidéo de la cérémonie :

vidéo de la commémoration

 

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La jeunesse était très présente lors de cet hommage aux 27 de Châteaubriant, parmi lesquels 5 jeunes de moins de 25 ans, le benjamin étant Guy Môquet, 17 ans.

Jeunes communistes accompagnant leur secrétaire nationale Camille Lainé à qui Pierre Laurent passa la parole en conclusion de son intervention.

Jeunes scolaires à l'image de la diversité de notre pays apportant par groupes successifs de la terre des lieux de déportation, comme Drancy, Auschwitz.

Présence émouvante, aux côtés de plus anciens qui ont parfois connu ces temps d'inhumanité, des familles de fusillés, de représentants des communes dont ils étaient originaires.

Des communistes du Finistère se sont associés à cet hommage, venus de différentes villes, et particulièrement Concarneau, dont Pierre Guéguin fut le maire et conseiller général communiste, arrêté en mars 1941 par des gendarmes français après avoir été révoqué de l'Éducation nationale et déchu de ses mandats électifs.

Comme le rappela la secrétaire générale de l'Amicale, Carine Picard Nilès, les survivants des anciens détenus du camp de Châteaubriant ne sont plus que 3, dont sa grand-mère Odette Nilès arrêtée et internée à 17 ans comme Guy Môquet.

Et un centenaire, Henri Duguy, militant communiste et cégétiste de Nantes, ancien cheminot, arrêté à 20 ans en avril 1941, qui n'a pu être présent à la cérémonie.

L'Huma lui a consacré vendredi un bel article :

http://www.humanite.fr/300-poitrines-ont-chante-tue-tete-618699

Se lever pour dire non à l'inhumanité, cela a toujours du sens en ces temps où certains attisent la haine et la xénophobie, et la phrase de Brecht « Le ventre est encore fécond d'où a surgi la bête immonde », en épilogue de « La résistible ascension d'Arturo Ui » que Brecht écrivit en exil en 1941, l'année même du massacre de Châteaubriant, était dans toutes les têtes.

« Agissez au lieu de bavarder » nous dit encore Brecht dans cette même pièce qui fut présentée par Jean Vilar et Georges Wilson au TNP.

« Résister se conjugue toujours au présent » rappelait une grande figure de la Résistance, Lucie Aubrac.

C'est bien ce que firent au sortir de la guerre celles et ceux qui travaillèrent à jeter les bases d'une société des « Jours heureux » du nom du programme du Conseil National de la Résistance.

Être fidèles aux 27, c'est aujourd'hui lutter pour un monde débarrassé de la guerre et de l'oppression, de la haine et de la xénophobie, libéré de de la domination des marchés financiers, un monde de partage, de liberté, de solidarité, de fraternité.

Y. R.

 

 

 

 

 

 

 

 

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