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Risque de pollution au large de l'Île de Sein

Ci-dessous l'article du Télégramme du 6 janvier 2017 :

Coques coulées. Royal interpelle le gouvernement danois.

 

 

Le dossier est bien embarrassant. Deux coques de 82 m, vouées à la démolition, ont coulé un peu avant Noël, à 110 km dans l'ouest de l'Ile de Sein. Depuis, les deux épaves perdent une certaine quantité d'hydrocarbures. Le plus grand armateur mondial, le Danois Maersk, avait pourtant certifié qu'elles étaient dépolluées. Ségolène Royal, ministre en charge de la Mer, a demandé, ce vendredi, au gouvernement danois de réagir.

Les deux remorqueurs-ravitailleurs de plateformes pétrolières en mer du Nord reposent aujourd'hui par 150 m de fond et constituent déjà un risque de croche pour les chalutiers. Sur le plan environnemental, des irisations ont été observées par les patrouilles aériennes de la Marine nationale et de la Douane. Mais d'après la préfecture maritime, sous l'effet du brassage naturel de la mer, ces « légères irisations » se dispersent et s'évaporent rapidement. Une étude approfondie de la liste des produits dangereux dans les soutes a permis d'établir la présence d'une centaine de m³ de résidus d'hydrocarbures en moyenne et par coque, soit l'équivalent de cinq camions citernes. Ces quantités d'hydrocarbures se situent dans différents réservoirs et feraient partie des résidus « impompables ».

Remorquées à couple

Au-delà du travail de dépollution des coques, les conditions de remorquage posent question. Les deux coques fatiguées étaient remorquées à couple pour un bien long voyage, en plein hiver, prises en charge par un remorqueur également voué à la démolition, sur le même chantier en Turquie (*). Ou comment transférer ses déchets flottants à moindre coût... Pour Mor Glaz, l'association brestoise de vigilance maritime, « C'est incompréhensible que le remorqueur qui a perdu tour à tour ces deux coques, étant lui-même attendu dans un chantier de démolition à Aliaga, en Turquie, ait pu continuer sa route sans être dérouté vers un port français ». « Il n'y avait aucun motif, aucune justification légale pour exiger un contrôle de ce navire », lui répond Louis-Xavier Renaux, porte-parole de la préfecture maritime à Brest. « Il faudra quand même se poser la question puisque Maersk s'apprête à envoyer à la casse 23 navires de ce type », poursuit Jean-Paul Hellequin pour Mor Glaz.

517 conteneurs en 2014

Même perplexité du côté de l'association environnementale Robin des Bois qui ressort des tiroirs la perte de 517 conteneurs, en février 2014, au large de la Bretagne, par un bateau de la même compagnie. « On a le sentiment que l'État français et la préfecture maritime ont fait preuve d'une certaine bienveillance à l'égard du plus gros transporteur mondial », estime Jacky Bonnemains. Pour ce spécialiste de la déconstruction, il reste toujours des résidus de soute plus ou moins importants à l'intérieur des navires destinés à la casse, les déconstructeurs étant même friands des hydrocarbures à reconditionner. « C'est d'autant plus choquant qu'il existe des chantiers de déconstruction au Danemark ou en Belgique ! ».

Aller voir à 150 m de fond

Que vont devenir ces deux coques coulées au large de l'Ile de Sein ? La préfecture maritime de Brest a demandé à l'armateur une relocalisation précise des épaves. Opération réalisée par Maersk le 29 décembre. L'autorité maritime demande maintenant que soit effectuée une investigation approfondie des deux épaves afin de déterminer la nature des dommages subis et d'évaluer le risque de pollution. Le propriétaire a jusqu'au 1er février pour rendre un rapport précis et des photos réalisées par robots sous-marins. Ce n'est qu'après l'examen de la situation et de l'état de ces deux coques que seront envisagés les scénarios d'intervention.

* Le remorqueur est finalement arrivé, hier matin, à Aliaga en Turquie.

Stéphane Jézéquel.

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Cette affaire pose une nouvelle fois la question des moyens matériels et humains consacrés par les pouvoirs publics à la protection de nos côtes.

Elle interroge aussi sur le manque de fermeté des autorités françaises à l'égard de ces armateurs qui prennent de telles libertés avec la sécurité maritime.

Quant aux filières de déconstruction de navires, rappelons la déclaration faite en mai dernier par les communistes du Finistère à propos du Captain Tsarev, nième bateau-poubelle abandonné par ses propriétaires dans le port de Brest :

« ...Il est grand temps que se construise en Bretagne et dans le Finistère une filière industrielle de déconstruction, de recyclage et de valorisation des navires en fin de vie.

Les enjeux sociaux, économiques, environnementaux ne sont plus à démontrer.

La flotte mondiale compte aujourd'hui 80 000 navires de plus de 120m de long. 1200 d'entre eux sont démolis chaque chaque année.

90% le sont dans les pays du sud-est asiatique, dans des conditions effroyables pour les femmes et les hommes qui travaillent dans les chantiers et bien sûr pour l'environnement.

Ces enjeux sociétaux, environnementaux, territoriaux n'ont pas pour horizon indépassable « le combien ça coûte ? » le taux de marge ou les comptes de résultat de tel ou tel armateur.

Les pouvoirs publics, locaux, départementaux et régionaux, comme ils le font pour nombre de secteurs économiques, peuvent et doivent aider à l'émergence et à la structuration d'une filière technique spécialisée dans ce domaine ».

 

 

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