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Victoire au 64ème jour de grève de la Clinique de l’Ormeau : "des travailleuses en lutte ont fait plier la Finance !"(CGT)

UNE LUTTE ÉBLOUISSANTE !

Il aura fallu 64 jours de grève, 64 jours de luttes et de mobilisations, 64 jours de détermination et de ténacité collective, 64 jours de fortes émotions, 64 jours de solidarité pour contraindre, enfin, les employeurs de la Clinique de l’Ormeau à entendre les justes et légitimes revendications des salarié-e-s.

Employé-e-s dans des conditions salariales et sociales plus que minimalistes, les salarié-e-s en ont eu assez de cette exploitation, alors même que ce groupe « Médipôle Partenaires » engrange des bénéfices colossaux au détriment des conditions sociales et de travail de leurs personnels.

Pour ces cliniques privées lucratives, une seule logique : les profits. A l’heure où se met en œuvre la loi « Travail » qui comporte entre autres, le soi-disant « dialogue social d’entreprise », il aura fallu actionner toutes les structures de la CGT, locales, départementales, fédérales et confédérale, solliciter le gouvernement jusqu’au cabinet du Premier ministre pour trouver les voies d’un accord. Cette victoire témoigne donc également du bien-fondé de nos luttes contre cette loi et ses pernicieuses conséquences.

L’énergie exemplaire des salarié-e-s avec la CGT a été payante et lors de l’assemblée générale de ce matin, mardi 10 janvier, la signature d’un protocole d’accord a été votée.

Ce protocole comprend : une augmentation significative de la valeur du point intégrant la Rémunération Annuelle Garantie avec un effet rétroactif au 1er janvier 2016, une prime pérenne de 700 euros pour tous les salarié-e-s de l’établissement, des mesures en termes d’amélioration des conditions et d’organisation du travail avec la prise en compte de toutes leurs revendications sur ces derniers points.

La Fédération de la Santé et de l’Action Sociale salue tous les grévistes de cette remarquable lutte et reste persuadée que d’autres victoires peuvent être conquises, dès lors que les revendications sont élaborées par les salarié-e-s et que leur détermination les porte, même quand les employeurs jouent le pourrissement de la mobilisation, ou que des élus locaux les critiquent au lieu de les écouter.

Elle salue aussi l’aide et la solidarité exemplaires de toutes les structures de la CGT locales et nationales qui ont été aux côtés des salarié-e-s de la clinique de l’Ormeau jusqu’à la victoire.

Nous resterons vigilants dans les étapes de mise en œuvre du protocole.

Fédération CGT de la santé et de l'action sociale, Montreuil, le 10 janvier 2017

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Pierre Laurent avait apporté son soutien aux salarié-e-s de l'Ormeau.

À la veille de la fin de ce long conflit social, l'Humanité en retraçait le déroulement et les dessous. À lire attentivement, le détricotage du service public hospitalier et la mainmise de la finance sur la santé ne sont pas un particularisme pyrénéen !

 

Polyclinique de l'Ormeau : 63 jours de grève contre les marchands de santé

 

Soixante-trois jours de grève, c'est le conflit social le plus long jamais connu dans le secteur des cliniques privées. Depuis le 8 novembre, il oppose 65 % des soignants et administratifs de la polyclinique de l'Ormeau à Tarbes (Hautes-Pyrénées) – 100 % même dans certains services – à leur employeur, MédiPôle Partenaires, 3ème groupe de l'hospitalisation privée lucrative en France, propriétaire de l'établissement depuis juin 2105. Que veulent les soignants ? Rien d'exceptionnel. D'abord, un retour à une organisation du travail acceptable. Les arrêts de travail ont fait un bond de 30 % depuis les réorganisations orchestrées par le nouveau propriétaire. Et puis et surtout, des augmentations de salaire. Près de 30 % du personnel de la clinique, en grande majorité des femmes, sont rémunérés en deçà ou au niveau du Smic. Jusqu'à 300 euros de moins que leurs collègues des autres cliniques du groupe. Un groupe en pleine santé selon ses propres informations. Dans un communiqué daté du 17 octobre 2016, quinze jours avant le début de la grève, on apprend son intention d'entrer en Bourse et ses excellents résultats. MédiPôle Partenaires annonce un chiffre d'affaires de 895 millions d'euros. Mieux encore. L'acquisition d'un établissement à Agen et la cession d'établissements de santé en Île-de- France lui permettraient d'engranger 905 millions. Banco ! Et ce n'est pas tout. On apprend au passage l'intention du groupe de procéder à une cession-bail des actifs immobiliers de la clinique de l'Ormeau.

« Une volonté idéologique de briser la volonté de revendication »

De ces perspectives réjouissantes, il n'a nullement été question durant les deux mois du conflit et les quelque 17 séances de négociation. À la place, «  une volonté idéologique, dogmatique pour briser la volonté de revendication, pour écraser et humilier les salariés », déplore Laurence Charroy, responsable CGT de la polyclinique. En tout cas, rien n'a eu raison de la détermination des salariés. Ni leur bulletin de salaire du mois de décembre, réduit à rien, amputé des jours de grève, que la direction, pleine de morgue, leur a fait parvenir plus tôt que d'habitude. Ni le Noël des enfants, ni les traites à payer, ni la convocation de 17 grévistes devant le tribunal de Tarbes pour séquestration et occupation, plainte heureusement rejetée, ne les ont amenés à renoncer. Mais le ton est monté sérieusement en fin de semaine. Si bien que les discussions ont été délocalisées à Paris – sous le regard de Matignon – et prises en main par Philippe Martinez pour la CGT, par le cabinet-conseil de Raymond Soubie, ex-conseiller de Nicolas Sarkozy, pour les véritables décideurs de l'entreprise, le PDG de MédiPôle Partenaires et un nouveau venu, invisible jusque-là, le patron du groupe Elsan, Jérôme Nouzarède, à la tête du deuxième groupe d'hospitalisation privée à but lucratif qui s'apprête à racheter MédiPôle Partenaires.

«  MédiPôle est en phase de fiançailles avec le groupe Elsan pour devenir le premier groupe français de cliniques privées de France. Nous sommes face à un mastodonte financier qui se fiche du département, des patients », écrivait le 25 décembre, au 48 ème jour de grève, dans une lettre ouverte, une infirmière, maman de trois enfants. S'il n'est plus question d'entrée en Bourse, le rachat de MédiPôle Partenaires par Elsan, financé par Capital Partners, cinquième fonds d'investissement au monde dont le siège est situé au Luxembourg, est bien à l'ordre du jour. Du beau monde. L'actuel PDG de MédiPôle n'est autre que Philippe Gravier, il a succédé à Marcel Hermann, contraint au départ, son nom apparaissant dans la longue liste des évadés fiscaux des Panama Papers. Le nouveau promu est également très proche de Christine Lagarde, jugée, il y a peu, coupable de « négligence » dans l'affaire Tapie, dont il a été directeur adjoint de cabinet au ministère de l'Économie et des Finances. MédiPôle revendique une soixantaine d'établissements, 9 000 salariés, 2 500 praticiens. Et plus d'un million de patients. Qui sont ses actionnaires ? Le fonds d'investissement anglo-saxon Bridgepoint mais également l'État, entré au capital à hauteur de 95 millions d'euros via la Banque publique d'investissement (BPI). L'État se montre, ici, très généreux. Il l'est beaucoup moins avec les cinq hôpitaux publics des Hautes-Pyrénées. À Lourdes, le service de réanimation cardiaque a disparu, des lits ont été supprimés en psychiatrie, des menaces pèsent sur les urgences de Bagnères-de-Bigorre. Deux maternités ont été rayées de la carte ces dernières années, à Lourdes, de nouveau, et à Lannemezan.

Un recul inquiétant du service public

La polyclinique de l'Ormeau n'a pas à se plaindre de ce désinvestissement de l'État puisqu'elle réalise désormais 45% des accouchements du secteur. Comme partout en France, le regroupement des établissements inscrit dans la loi santé est à l’œuvre. L'Agence régionale de santé ( ARS ) a décidé que les cinq établissements du département constitueraient un seul groupement hospitalier de territoire ( GHT ). À Lannemezan, les manifestations se sont multipliées, l'automne dernier, contre le projet de rattachement de l'établissement au GHT que piloterait l'hôpital de Tarbes. L'inqiétude de voir se multiplier les suppressions de postes, de lits, de services, est forte. «  Nous demandons une dérogation ou un statut d'établissement associé. Nous avons déjà l'expérience de la mutualisation de services », s'inquiète Michel Dabat, le responsable CGT de l'hôpital de Lannemezan. « La polyclinique de l'Ormeau a pris un tel poids dans le département qu'en cas de défaillance, les conséquences sanitaires sur la population seraient sérieuses ». La polyclinique revendique le quasi-monopole sur l'oncologie, la cardiologie interventionnelle. Elle assure 70% des actes de chimiothérapie et radiologie, 80% de la chirurgie ORL et de stomatologie, 70% de l'implantation des stimulateurs cardiaques. Autre signe du recul du service public, la multiplication des réquisitions des grévistes de la clinique par l'ARS pour assurer la sécurité des patients des urgences et des maternités où 57 d'entre eux ont été sommés de travailler.

Grâce aux remboursements par la Sécurité sociale des actes réalisés sur ses 40 000 patients, la polyclinique, bénéficiaire, par ailleurs, de 1,7 million d'euros de crédit d'impôt compétitivité emploi (Cice), a reversé 10 millions à MédiPôle Partenaires. Critère de rentabilité incontesté, l'Ebitdar de l'établissement, un ratio qui renseigne sur le compte d'exploitation net d'une entreprise, affiche une marge de 22 %...Bref. Tout va bien.

Sylvie Ducateau

 

 

 

 

 

 

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