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Épidémie de grippe : « Les 100 000 lits fermés nous manquent aujourd'hui... »

Entretien de l'Humanité avec Christophe Prudhomme, urgentiste et responsable de la Cgt Santé / 13 janvier 2017 / Photo Patrick Nussbaum

Pour ce responsable de la CGT Santé, l'épidémie révèle les carences d'un système étranglé par les coupes budgétaires et inadapté aux besoins d'une population vieillissante.

Pourquoi le système de santé est-il mis à mal par cette épidémie de grippe ?

Christophe Prudhomme. Notre système est tellement dégradé qu'il n'est plus capable de répondre à une banale épidémie de grippe. Il n'y a plus assez de médecins généralistes, plus assez de lits d'hôpitaux. La ministre dit que ces derniers sont en nombre suffisant. Elle se moque du monde ! Nous en avons fermé 100 000 ces dernières années. Ils nous manquent aujourd'hui. Par ailleurs, le personnel dans les établissements hébergeant des personnes âgées dépendantes est insuffisant. À titre d'exemple, le taux d'encadrement en Allemagne est deux fois plus élevé. Alors forcément, quand une personne âgée a un problème, on est obligé de l'envoyer aux urgences.

Quelles sont les conséquences à court terme de cette épidémie ?

Christophe Prudhomme. Sous la pression, un grand nombre d'hôpitaux ont déprogrammé des hospitalisations prévues. Cela a forcément des conséquences sur la santé des patients. Par ailleurs les malades de la grippe sont parfois accueillis dans des conditions ne permettant pas de les soigner correctement. Une part de la surmortalité due à cette épidémie serait évitable si on pouvait hospitaliser rapidement les patients les plus fragiles dans des lits adaptés au lieu de les laisser des heures sur des brancards dans des couloirs pleins de courants d'air. On est dans une situation inacceptable pour un pays riche qui se targuait, il y a une quinzaine d'années, d'avoir le meilleur système de santé au monde.

Quelles sont les conséquences pour le personnel ?

Christophe Prudhomme. Les gens n'en peuvent plus. On sort de presque deux ans de tension permanente. On a eu les attentats, l'épidémie de grippe l'hiver dernier, la coupe d'Europe de foot, quelques jours de chaleur cet été durant lesquels on était déjà en difficulté. Et voilà que, très précocément et en pleine période de fêtes, arrive cette épidémie. Il y a un ras-le-bol, une colère monstre. Des médecins urgentistes démissionnent et on risque demain de ne même plus pouvoir ouvrir certains services d'urgence faute de médecins.

Quelles sont les solutions ?

Christophe Prudhomme. Il faut former beaucoup plus de médecins, surtout des généralistes, et réguler leur installation dans le territoire. La pratique individuelle de la médecine libérale ne correspond plus ni aux besoins ni aux aspirations des jeunes. On a besoin de centres de santé avec des médecins salariés qui ne s'occupent pas de gestion. Il faut aussi rouvrir les hôpitaux de proximité, arrêter de fermer des lits. L'hôpital doit s'adapter aux besoins du 21ème siècle qui sont ceux d'une population vieillissante parmi laquelle se développent des pathologies chroniques. Cela implique la possibilité de séjours à l'hôpital que n'offrent pas le tout-ambulatoire et la médecine technicienne qu'on nous vante. Il faut sortir de la logique de la santé business et revenir sur l'idée que l'État ne doit assurer qu'un service minimum de la santé.

Entretien réalisé par Camille Bauer.

 

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Voir aussi sur ce sujet le communiqué de la Coordination Nationale des comités de défense des pitaux et maternités de proximité :

 

CONSTAT DE CARENCE AU MINISTÈRE DE LA SANTÉ

Madame la Ministre s’affole et demande aux établissements de santé, publics et privés, de déprogrammer des soins chirurgicaux et/ou médicaux, afin de faire face à l’afflux de patients atteints de grippe ou autres complications hivernales. Cela pourrait presque passer pour un gag si ce n’était pas la triste réalité !

Voilà plusieurs années que les ARS, sur ordre du ministère, taillent dans les effectifs de personnels des hôpitaux publics et y suppriment des lits, des services et des plateaux techniques.

De réformes en mesures d’austérité, Ils ne disposent plus des effectifs et des structures nécessaires à l’exercice de leurs missions et ne parviennent plus à répondre aux besoins de santé. Parallèlement, le secteur privé, qui ne prend en charge ni les épidémies de grippe, ni les personnes en difficultés sociales, continue de prospérer.

Avec le numerus clausus, délibérément sous-estimé, la démographie médicale est en chute libre : La pénurie de médecins de ville et de praticiens hospitaliers amplifie les déserts médicaux. La permanence des soins n’est plus assurée partout.

La Sécurité Sociale a vu son rôle amoindri, au profit des complémentaires, créant une inégalité de plus en plus forte en matière de santé. Le nombre de morts prématurées augmente chaque année, l’espérance de vie régresse pour la première fois pour certaines catégories de population. Il est temps d’ouvrir les yeux, Madame la Ministre : notre pays est au bord de la crise sanitaire et vous en portez la responsabilité, comme vos prédécesseurs.

Depuis des années, la Coordination Nationale, des organisations syndicales de personnels hospitaliers, des médecins tirent la sonnette d’alarme, sans jamais être entendus.

Des mesures d’urgence s’imposent :

  • L’arrêt des fermetures de lits et des suppressions de postes

  • L’octroi des moyens budgétaires permettant aux établissements sanitaires et médico-sociaux d’assurer leur mission de service public

  • Des politiques sanitaires et sociales à la hauteur des besoins de la population, quel que soit son lieu d’habitation

  • La remise en cause du numérus clausus et de la liberté d'installation

  • La réappropriation de la Sécurité Sociale et le respect du principe : chacun cotise en fonction de ses moyens et reçoit en fonction de ses besoins

  • Le rétablissement de la démocratie sanitaire garantissant la prise en compte des besoins de santé des territoires.

 

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