Section du Pays de Quimper

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Les frères Bocquet font événement à Quimper

Mercredi 5 avril en plein milieu de l’après-midi, plus de 110 personnes se sont retrouvées aux Halles St François de Quimper pour une rencontre-débat avec les frères Bocquet, dans la salle et jusque dans le hall d’accès, certaines ayant même renoncé faute de place malgré le renfort de chaises ajouté au dernier moment.

Du jamais vu en semaine à un tel horaire, et de surcroît sous un beau soleil incitant à faire l’école buissonnière, au point qu’un journal régional titrait le lendemain « Évasion fiscale – Les frères Bocquet font salle comble ».

Avant même la tenue de ce débat, les communistes, fortement impliqués dans sa préparation, avaient ressenti l’intérêt qu’il suscitait, les interventions récentes d’Alain et Éric Bocquet à la radio et à la télévision ayant déjà retenu l’attention de beaucoup.

Les journalistes ne s’y sont pas trompés, il n’est pas courant que le parti communiste soit autant sollicité à Quimper et dans le Finistère par la presse départementale et régionale ( journaux – radio – télévision).

Le point d’orgue ayant été, dans le Télégramme du mardi précédent , une page entière couleur en 4ème de couverture, donc dans toutes les éditions, consacrée à l’interview des frères Bocquet à l’occasion de leur venue en Bretagne !

Ce trop court « Tro Breiz » a coïncidé avec la semaine mondiale d’actions contre l’évasion fiscale, un an tout juste après la révélation du scandale des Panama Papers.

Cette semaine d'action, portée en France par un grand nombre d’associations parmi lesquelles ATTAC, Oxfam, CCFD Terre Solidaire...a donné lieu à de nombreuses initiatives un peu partout.

À Quimper aussi, où le collectif services publics de Quimper-Cornouaille, dont fait partie le PCF, a relayé avec ATTAC cette mobilisation, samedi 1er avril en direction de la BNP Paribas, et lundi 3 avril devant le Mac Do de Kerustum sur le thème « évasion fiscale = spoliation des services publics ».

voir ici:

http://quimper.pcf.fr/98442

Car l’évasion fiscale a une forte emprise sur notre vie quotidienne, nos droits sociaux, notre modèle social, elle est au cœur des enjeux politiques.

Les trafiquants de haute volée qui savent si bien faire circuler l’argent pour brouiller les pistes opèrent un gigantesque hold-up au détriment de l’hôpital public, de l’école, du logement, de la culture, de la protection sociale...

Si perfectionnées que soient les méthodes et les techniques utilisées, il ne faut surtout pas laisser l’affaire entre les mains des spécialistes financiers ou fiscaux, il faut que les citoyens s’en mêlent !

Et c’est à cette mobilisation de l’opinion publique que contribuent Alain et Éric Bocquet, avec leur livre « Sans domicile fisc », leurs réunions publiques, déjà plus de 60, leurs témoignages dans les médias, avec aussi leur activité de parlementaires, en particulier le projet de COP fiscale mondiale pour mobiliser toutes les énergies contre l’évasion fiscale comme cela s’est fait sur le climat.

C’est dans cette démarche que s’est inscrit le débat de Quimper.

Loin des clichés sur les élus, ils ont contribué à un véritable travail d’éducation populaire avec un sens aigu de la pédagogie, la gravité du sujet n’excluant pas l’humour, dans un dialogue à deux voix où les apports de l’un et l’autre se conjuguent tant qu’on ne sait plus qui a dit quoi, Alain passant la main à Éric pour préciser les données chiffrées, des nombres les plus grands, avec les masses de capitaux dont il est question, à donner le vertige, aux plus petits, comme la durée des opérations robotisées qui ne se compte même plus en nanosecondes (1 milliardième de seconde soit 0, 000 000 001 s) mais en picosecondes (mille fois moins soit 0, 000 000 000 001 s).

Des nombres qu’ils ont su faire parler avec des comparaisons très concrètes.

Et des démonstrations imparables pour démolir les fausses évidences martelées sans fin par les économistes libéraux, comme celle de la « dette » invoquée pour justifier les politiques d’austérité. Et pour mieux nous culpabiliser, on prétend qu’elle pèserait sur les enfants à venir dans notre pays, qui naîtraient chacun avec 30 000 € de dettes. Mais 80 milliards d’euros d’évasion fiscale divisés par 800 000 naissances, cela fait 100 000 €. Et 30 000 € soustraits de 100 000 €, il reste 70 000 €. Ce qui signifie que si on arrivait à éradiquer l’évasion fiscale, chaque enfant naîtrait au contraire avec un crédit de 70 000 € !

Et combien d’exemples pour démontrer la perversité et l’absurdité d’un système.

Notre monde marche sur la tête, dangereusement déconnecté de l’économie réelle.

Les frères Bocquet nous ont offert un petit tour des paradis fiscaux tel le Delaware, aux USA, où un seul immeuble abrite 280 000 sièges de sociétés, abrite est le bon terme, car elles viennent s’y domicilier à l’abri de l’impôt. Inutile de dire que ce n’est pas là qu’elles ont leur activité !

Ils ont aussi évoqué les méthodes utilisées par les multinationales comme Mc Do : le secrétaire du comité d’entreprise des Mc Do de l’Ouest Parisien s’est un jour étonné que les salariés ne touchent pas leur participation légale alors que leur société affichait un chiffre d’affaires confortable. Mais pas de bénéfices ! Cela grâce à un habile montage, de lourdes redevances étant versées à une filiale située au Luxembourg, qui emploie seulement 13 salariés. Les bénéfices sont ainsi domiciliés au Luxembourg où la fiscalité est très douce, et les charges en France pour ne pas y payer d’impôts...Cela s’apparente à un système de fausses factures, la justice a été saisie. Et la malbouffe en prime!

Tout cela évidemment relève d’un système très organisé, avec des paradis fiscaux, des grandes banques qui en tirent une part importante de leurs profits, des fonds spéculatifs, des sociétés offshore qu’on peut créer d’un seul clic, des multinationales (Apple, Google et bien d’autres) qui cherchent par tous les moyens à éviter l’impôt, des cabinets-conseil très puissants et performants, des législations faites sur mesure, des systèmes fiscaux et judiciaires très favorables...

Ce système profite aux plus riches, aux banques, aux multinationales.

L'envers du décor c'est l'explosion de la pauvreté, des inégalités – un monde où 8 hommes possèdent autant que 3,6 milliards de personnes, la moitié des habitants de la planète.

C'est la dégradation du climat.

C'est aussi la corruption, le commerce de la drogue, celui des armes, les conflits, le financement du terrorisme, qui y trouvent un terrain favorable.

« C'est de l'enfer des pauvres qu'est fait le paradis des riches » (Victor Hugo)

Face à cette machine infernale qui menace nos sociétés, il faut une mobilisation générale, d'où la proposition d'une COP fiscale mondiale, qu'Alain Bocquet a fait adopter à l'Assemblée nationale.

Il y a des solutions, les frères Bocquet les évoquent dans la dernière partie de leur livre.

Mais comme ils l'ont souligné, rien n'avancera sans l'intervention des citoyens, dont le rôle est important car toutes ces grandes sociétés tiennent à leur image de marque sur laquelle elles assoient leurs profits.

Vint ensuite le débat.

Une question fut posée sur l’attitude de la France.

Réponse : quelques mesures après le scandale Cahuzac, mais plus de paroles que d’action réelle. Très loin de ce qu'il faudrait. Et la question de l’impunité pénale des fraudeurs fut soulevée, seul Bercy pouvant décider de poursuites en justice (c’est ainsi que Jérôme Cahuzac ministre du budget était seul habilité à engager des poursuites judiciaires contre Jérôme Cahuzac fraudeur...), les affaires se concluant en général par une transaction financière.

C’est le « verrou de Bercy » de plus en plus mis en cause aujourd’hui.

À noter que Jean-Jacques Urvoas, ministre de la Justice et candidat à nouveau à la députation dans notre circonscription, s'est opposé, lors du vote à l'Assemblée Nationale sur la loi anticorruption, à un amendement défendu par Alain Bocquet visant à faire sauter ce verrou. Un député radical de gauche interpella alors JJ Urvoas : « Monsieur le Garde des Sceaux, serez-vous celui qui aura encouragé la fraude fiscale ? ». L'amendement fut rejeté...

Un représentant d’ATTAC évoquant les éventuelles poursuites contre des participants à l’action du samedi 1er février à Quimper visant BNP-Paribas demanda aux frères Bocquet s’ils étaient prêts à venir les soutenir au tribunal de Quimper. La réponse fut oui, et la secrétaire de section réaffirma la solidarité des communistes qui étaient partie prenante de cette action.

Il fut question du « pantouflage », ce va-et-vient qui devrait être interdit entre les grands intérêts privés et la tête des états ou des grandes institutions publiques, tel Barroso quittant la présidence de la Commission européenne pour Goldman Sachs. Goldman Sachs, cette banque entrée avec l'équipe de Trump à la Maison Blanche, comme la banque Rothschild pourrait entrer à l'Élysée si l'on n'y prend garde...

Du rôle essentiel des lanceurs d'alerte et de leur nécessaire protection.

Une question visant les parlementaires en général permit à Éric Bocquet d'élargir le sujet, soulignant que les grandes multinationales ne rêvent que d'une chose, faire disparaître la politique pour ne laisser en présence que la finance d'un côté, les peuples désarmés face à l'argent-roi de l'autre .

Car le pouvoir politique peut être un instrument au service des peuples s'ils s'en saisissent.

Le peuple à l'Assemblée Nationale !

Comme le proclamait sur les murs de la salle une affiche éditée par le PCF.

Rendez-vous fut pris avec les frères Bocquet à la prochaine fête de l'Humanité-Bretagne.

Yvonne Rainero

 

Des lectures pour prolonger ce débat :

  • « Sans domicile fisc » si ce n'est déjà fait.
  • le dossier sur l'évasion fiscale dans la revue Le Projet éditée par le parti communiste,  avec des contributions d'Éric Bocquet, de Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon, et de bien d'autres, économistes, juristes, sociologues....

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