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Ce 17 avril 2017, journée internationale de solidarité avec les prisonniers palestiniens

Ce 17 avril 2017, journée internationale de solidarité avec les prisonniers palestiniens, Marwan Barghouti, le plus célèbre des prisonniers politiques palestiniens, comparé souvent à Mandela, prend la tête d’une grève de la faim illimitée pour le respect des droits humains des prisonniers et notamment du droit de visite.

Ci-dessous l’article de Pierre Barbancey dans l’Humanité de jeudi dernier :

 

Proche-orient. L’appel de Marwan Barghouti / Pierre Barbancey

Le 17 avril, Journée des prisonniers politiques, le leader palestinien, condamné à la perpétuité, prendra la tête d’une grève de la faim illimitée pour le respect des droits de visite.

Vu d’Europe, on n’imagine pas le calvaire que vivent les familles des prisonniers palestiniens. La souffrance de l’absence, d’abord. Mais aussi les difficultés pour rendre visite à ce mari, ce frère, ce fils – le tout se conjuguant également au féminin – à cause de l’arbitraire israélien mais aussi en raison des distances, les prisonniers étant le plus souvent incarcérés dans des prisons en Israël, éloignées de leur ville ou de leur village. Depuis 1968, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) – seule organisation internationale habilitée à rendre visite aux Palestiniens détenus par les autorités israéliennes – mène un programme facilitant les contacts et les visites de Palestiniens à leurs proches dans les prisons israéliennes. Mais, depuis le mois de juillet dernier, le CICR a réduit de deux à une seule le nombre de visites par mois. Les arguments avancés laissent pantois. Le Comité s’est livré à une évaluation de son programme qui aurait révélé un « manque d’efficacité », par exemple le taux de remplissage insuffisant des bus transportant les familles ou encore les proches manquant aux rendez-vous. Rien d’étonnant à cela quand on connaît les difficultés pour se rendre d’un endroit à un autre en Cisjordanie occupée, à cause des check-points et des fermetures de passages réguliers. « Étant donné les besoins humanitaires grandissants dans la région et dans le monde, nous avons procédé à des coupes budgétaires par souci d’optimiser nos efforts et nos ressources limitées, et parce que nous sommes comptables devant les bénéficiaires et les donateurs », dit pourtant le CICR ! Voilà ce que vaut un prisonnier palestinien aux yeux d’une institution qu’on pensait plus respectueuse des droits de l’homme.

« Redonner au mouvement prisonnier sa dignité, sa combativité et sa résistance »

Alors que le 17 avril, lundi prochain, sera commémorée la « Journée des prisonniers politiques palestiniens » partout dans le monde, un grand mouvement de protestation va être lancé dans les prisons israéliennes où sont détenus les Palestiniens. Une action caractérisée par une grève de la faim dirigée par Marwan Barghouti, incarcéré depuis avril 2002 et condamné à cinq fois la prison à vie et quarante ans incompressibles. « Ce mouvement de grève est une réponse aux violations incessantes des droits fondamentaux des prisonniers qui sont traités comme des criminels et des terroristes, comme l’a maintes fois déclaré le ministre israélien de la Défense, Avigdor Lieberman, qui considère les prisonniers palestiniens comme des terroristes qui doivent être exécutés, ont fait savoir le ministre chargé des Affaires des prisonniers, Issa Qaraqe, et Kaddoura Fares, président de l’Association du club des prisonniers. Il a pour but de renforcer le travail collectif et l’unité nationale, à l’intérieur comme à l’extérieur des prisons, et de redonner au mouvement prisonnier sa dignité, sa combativité et sa résistance. » Cette grève de la faim intervient alors que les négociations entamées avec l’administration pénitentiaire sur le respect des droits et de la dignité des détenus, conformément au droit international et aux conventions de Genève, sont dans une impasse. Leurs revendications majeures portent sur les visites et les soins médicaux. On compte actuellement 6 500 Palestinien-ne-s emprisonné-e-s. Parmi les 61 femmes incarcérées, 12 sont mineures. Trois cents enfants sont derrière les barreaux.

Cinq cent cinquante personnes sont en détention administrative, c’est-à-dire emprisonnées pour trois mois renouvelables indéfiniment sans que les charges ne soient mentionnées. Enfin, 24 journalistes goûtent à l’autoproclamée « seule démocratie du Proche-Orient » et à la liberté de la presse israélienne dans une geôle. En réalité, le système carcéral est inscrit tout entier dans la politique de colonisation israélienne. Comme l’explique Stéphanie Latte Abdallah, chargée de recherche au CNRS, dans une étude : « L’ensemble du système judiciaire militaire ne repose pas sur une enquête et l’établissement de preuves débattues lors de procès, mais sur les aveux plus ou moins extorqués et/ou négociés des inculpés ou de tiers sur leurs activités supposées – système dit du Tamir (hébreu). Les interrogateurs doivent donc les obtenir à tout prix. Pour ce faire, depuis le début de l’occupation jusqu’en 1999, les violences physiques et psychologiques – assimilées à de la torture – étaient régulièrement employées lors des interrogatoires. Depuis la décision de la Cour suprême de 1999 qui les a condamnées, de fortes pressions psychologiques ont remplacé, dans la plupart des cas, les sévices physiques et sexuels. »

Dans une interview publiée cette semaine dans l’Humanité Dimanche, Fadwa Barghouti, l’épouse de Marwan Barghouti, se confie. « Leur principale revendication : être en contact avec leur famille, dit-elle. Cela passe par une augmentation des temps de visite, la fin des autorisations spéciales (les Palestiniens de 16 à 40 ans n’ont pas le droit d’effectuer des visites en prison) et le recours à un téléphone public. Mes enfants n’ont pas vu leur père depuis trois ans ! Notre petite-fille, qui a 4 ans, n’a jamais vu son grand-père. L’accès à un téléphone public dans la prison pour appeler sa famille permettrait de rompre cet isolement. » La grève de la faim lancée est illimitée. À l’extérieur, de nombreuses familles de détenus pourraient également s’y joindre.

En réalité, le système carcéral est inscrit tout entier dans la politique de colonisation israélienne.

 

Et l’appel lancé par Marwan Barghouti de sa prison :

 

À notre peuple dans la patrie et dans les camps et à la diaspora à l'intérieur et à l'extérieur

À nos amis(es) à travers le monde

Je m'adresse à vous aujourd'hui de ma petite cellule d'isolement et du centre de milliers de prisonniers et en leur nom, et parmi les milliers de prisonniers qui ont décidé de livrer la bataille de la liberté et la dignité, la bataille de l'honneur et de l'héroïsme, la bataille de la grève de la faim, pour défendre notre droit à la liberté et la dignité.

Nous allons mener cette grève pour contrer la politique brutale de l'occupation qui se poursuit et s'accroit, l'enlèvement, la torture, le harcèlement, la négligence médicale et les mesures arbitraires et punitives contre les prisonniers et leur famille en les privant de leur droit de visite.

Nous confirmons notre décision de mener cette grève, quels que soient les sacrifices et la souffrance et la douleur, nous sommes fiers d'appartenir à ce peuple, et sommes capables de fermeté, de résistance pour la réalisation de nos droits garantis par le droit et les conventions internationales 

Cette bataille coïncide avec la Journée des prisonniers palestiniens, journée qui rappelle que près d'un million de Palestiniens ont été victimes d'arrestations arbitraires, de tortures physiques et psychologiques et d'humiliations de tout genre dans les bastilles de l'occupation.

votre frère,

Marwan Barghouti (Abou al-Qassam), prison d’Hadarim

 (traduction:Moncef Chahed)

 

L’exigence de la libération de Marwan Barghouti s’affiche dans toutes les langues sur le mur d’apartheid en Palestine :

Fadwa Barghouti, la femme de Marwan, témoignant à la fête de l’Humanité :

 

Fadwa Barghouti lors d’une rencontre avec des élus français en Palestine à Ramallah :

 

 

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