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Intervention de la sénatrice Laurence Cohen à la fête du PCF à Morlaix le 1er mai

Ci-dessous le discours de Laurence Cohen, sénatrice communiste, le 1er mai à la fête de la section PCF de Morlaix dont elle était l’invitée.

 

Cher-e-s Ami-e-s,

Cher-e-s Camarades,

Merci de m’avoir invitée à la fête du PCF, ici à Morlaix. C’est une belle façon de fêter le 1er Mai. J’espère que les défilés qui ont lieu cet AM seront massifs afin de démontrer que le peuple de gauche est toujours et encore debout !

Car nous vivons une situation politique inédite, particulièrement inquiétante, à quelques jours du 2nd tour de la présidentielle.

Malgré le très bon score de 19,58% de notre candidat Jean Luc Mélenchon, il n’a pu franchir la barre du 1er tour.

Le choix est donc assez amer pour toutes les femmes et tous les hommes profondément de gauche.

Amer, car aucun des candidats en lice n’est porteur de ce pourquoi elles et ils se battent, nous nous battons : une politique sociale qui réponde aux besoins humains si nombreux et si vitaux.

D’un côté, il y a Marine Le Pen, l’héritière de Saint Cloud, qui veut se donner des allures populaires, à l’écoute des plus fragiles alors que ses choix économiques et sociaux sont aux antipodes des intérêts des populations des zones urbaines comme rurales.

De l’autre, il y a Emmanuel Macron, l’héritier de François Hollande, dont on a pu mesurer la politique quand il était ministre avec des lois qui n’ont fait qu’aggraver les conditions de travail des salarié-e-s, que ce soit par la généralisation du travail du dimanche ou par la réforme des prudhommes.

Sans compter qu’il est le candidat soutenu par les milieux d’affaires, les institutions européennes ! Il est porteur de cette politique néolibérale qui, d’abandons en renoncements fait le lit au Front National.

         Pourtant, on ne peut pas mettre de signe d’égalité entre ces 2 candidats.

Le FN n’est pas un parti comme les autres, malgré les campagnes qui sont menées depuis des années pour le banaliser, le dédiaboliser. Ce Front national présidé désormais par Steeve Briois, maire d’Hénin-Baumont qui applique, à la vie municipale, les idées et le programme du FN. Il suffit d’écouter les témoignages de journalistes et d’un certain nombre d’associations de sa ville qui démontrent en quoi sa politique est discriminatoire, liberticide, hostile à la culture et contraire au bien-être des habitant-e-s notamment des quartiers populaires. Mais ce qui est vrai à Hénin-Baumont est vrai dans toutes les villes dirigées par des maires Front National. Ce sont des faits, ni des fantasmes ni des calomnies.

Malgré un énorme travail de communication et de séduction, il est essentiel, durant ces quelques jours qui nous séparent du second tour, de montrer que Marine Le Pen, à l’image de son parti, défend une politique raciste et xénophobe. Elle cherche à diviser les gens entre eux en les montant les uns contre les autres : ceux qui ont un travail et ceux qui n’en ont pas, ceux qui sont nés ici et ceux qui sont nés ailleurs…

Ses mesures économiques et sociales sont aux antipodes des intérêts des populations et pour les faire passer, il y aurait fatalement un durcissement de l’autoritarisme et de la répression d’Etat, la remise en cause de nos libertés fondamentales, parce que c’est dans l’ADN du FN. Regardez déjà ce que cette ascension au second tour a provoqué : Audrey Pulvar, journaliste, a été suspendue d’antenne (CNews Bolloré) pour avoir signé une pétition anti- FN. Et ce n’est qu’un exemple.

Dans ce contexte comment ne pas être inquiet face aux appels à l’abstention qui circulent sur les réseaux sociaux ? Comment ne pas regretter la position de Jean Luc Mélenchon ? En cette période de grand trouble, il ne faut laisser aucune place à l’ambiguïté. C’est le sens de la déclaration du PCF et de son secrétaire national Pierre Laurent. Le 7 mai, il s’agit de faire barrage au FN avec le seul outil à notre disposition, le bulletin de vote Emmanuel Macron. Qui peut croire que c’est une adhésion à sa politique ?

Mais puisque beaucoup continuent de s’interroger sur le choix qu’elles et ils feront le 7 mai prochain, continuons à réfléchir ensemble. D’abord, franchement, qui ne s’est pas posé la question de l’abstention, ne serait-ce qu’au soir du 1er tour ? Qui n’en a pas ras le bol de voter contre ses idées, piégés que nous sommes par les Institutions de la 5ème République ?

Sans vouloir culpabiliser quiconque, en continuant à échanger, à dialoguer, car il ne faut laisser personne seule face à ses doutes et ses colères, réfléchissons et appelons les indécis à réfléchir à l’utilisation que pourrait faire Marine Le Pen des pouvoirs, définis par notre Constitution, qui sont ceux d’un Président de la République Française. N’oublions pas qu’il est non seulement chef de l’État mais également chef des Armées, et ce, sans partage.

Or, nous ne pouvons ignorer que nous sommes dans une période d’instabilités multiples, où le monde s’enfonce dans des guerres civiles et des escalades armées entre les nations, avec Donald Trump, président des Etats Unis, Erdogan, président de la Turquie ou encore Poutine, président de la Russie. Allons-nous prendre le risque de laisser Marine Le Pen participer, voir aggraver cette escalade guerrière ?

         J’entends dire ici et là : « de toutes façons, elle ne passera pas donc pas besoin de ma voix pour faire barrage à l’extrême droite. » Mais comment en être certains ? Aux Etats Unis, tous les sondages donnaient Hilary Clinton gagnante et la réalité a été différente. Qui pensait, au lendemain des primaires de la droite que Fillon ne passerait pas le cap du 1er tour ? Le risque de voir Marine Le Pen existe, il est hélas bien réel. Chaque jour, nous en avons la preuve : c’est l’appel au désistement en sa faveur de Dupont- Aignan, c’est le positionnement d’une partie de l’électorat Fillon, notamment de « Sens Commun » (vous savez les partisanes et partisans de la Manif pour tous ?) A ce propos, comment ne pas s’interroger sur le positionnement du Pape François qui, sous prétexte de méconnaissance de la situation interne de la France, préfère ne pas se prononcer. Il méconnait les incidences d’un parti d’extrême droite ? Etrange, non ?

Le risque existe donc bel et bien car c’est mathématique, l’abstention fait monter Marine Le Pen, son électorat étant le plus mobilisé. Quant au vote blanc, il a le même effet puisqu’il n’est pas comptabilisé !

Chacune et chacun doit exercer son devoir de citoyenne et de citoyen et faire barrage au FN, ne pas croire que les autres feront le boulot permettant aux abstentionnistes de ne pas « se salir les mains ». Comme vous le savez, j’ai voté Jean Luc Mélenchon au premier tour, quant à Emmanuel Macron, je l’ai combattu dans l’hémicycle au Sénat avec l’ensemble de mon groupe, le groupe CRC, et notamment Michel Le Scouarnec, sénateur du Morbihan et Christine Prunaud, sénatrice des Côtes d’Armor, 2 parlementaires que vous connaissez sans doute davantage. Macron je l’ai aussi combattu dans la rue avec vous, mais je ferai barrage à Marine Le Pen le 7 mai prochain en prenant le seul bulletin à ma disposition, le bulletin Macron. 

 Et puis, allons-nous, par l’abstention, laisser gâcher le score que nous avons réalisé ensemble avec notre candidat Jean Luc Mélenchon ?

D’autant que prendre le risque de l’élection de Marine Le Pen, conduirait à ce que la France ne soit pas apaisée, loin s’en faut, mais plutôt résignée, ce qui rendrait les mobilisations très périlleuses. Et qui a vu, dans l’histoire, que l’extrême droite, une fois au pouvoir, respecte l’Etat de droit ? Comment être certaines et certains que de nouvelles élections présidentielles seraient organisées dans 5 ans ? Je vous rappelle que l’article 16 de la constitution permet de donner les pleins pouvoirs au Président de la République en période de crise…

L’enjeu est donc non seulement de battre l’extrême droite mais de créer les conditions pour que son score soit le plus bas possible, afin de limiter le nombre de députés du FN à l’Assemblée Nationale. C’est très important. Au Sénat, il y a 2 sénateurs frontistes : David Rachline et Stéphane Ravier. Peu présents dans les débats, leurs interventions n’en sont pas moins très défavorables aux intérêts des salarié-e-s. Ainsi, pour la loi travail, ils avaient concocté des amendements dans la veine libérable. Ils voulaient, par exemple, abroger le compte pénibilité, allonger le temps de travail ou encore supprimer les protections contre le harcèlement sexuel ! Ils les ont retirés quand ils ont été démasqués par un article de Public Sénat. Cela risquait de nuire à l’entreprise de Marine Le Pen de donner une autre image du FN !

La réalité est que Marine Le Pen est dans l’imposture totale. Elle ment et malheureusement, la plupart des médias sont complaisants à son égard et ne la mettent pas face à ses mensonges. Comment ose-t-elle promettre le retour de la retraite à 60 ans en supprimant les cotisations qui la financent ? Elle prétend sortir de l’Europe sans sortir de l’euro, tout en en sortant. Le programme du FN est un leurre électoral, un monument de tromperies. Le dire et le redire est une œuvre de salut public !

Qu’elles ou ils soient élu-e-s municipaux, parlementaires, les élu-e-es du FN sont des élu-e-es porteurs de régressions sociales, économiques et politiques.

Des députés frontistes en nombre, ce serait, qui plus est, la confiscation du débat démocratique et une force qui se présenterait comme la seule force d’opposition mais pour aller vers le pire !

Marine Le Pen est aussi dans l’imposture totale quand elle se prétend féministe. En fait, elle a analysé qu’auparavant les femmes étaient celles qui votaient le moins en faveur du FN, alors, elle a relooké son image de femme, mère de famille qui défend les femmes des quartiers populaires. Quelques rappels : elle dit défendre l’avortement et serait en désaccord avec sa nièce, Marion Maréchal Le Pen, mais elle ose parler d’avortement de confort ! Elle prétend défendre la cause des femmes mais elle vote tout le contraire au Parlement européen montrant une belle constance dans ses choix. En 2010, elle a ainsi voté, avec son père, Jean Marie Le Pen, contre l’extension du congé maternité à 20 semaines en Europe et contre l’idée de garantir une rémunération minimum pour les femmes pendant leurs congés maternité. En 2014, les eurodéputés FN ont voté contre la proposition du Parlement de mettre en place un règlement européen de prévention et de lutte contre les violences à l’égard des femmes. Les mêmes, en novembre 2016, se sont opposés à l’adhésion de l’UE à la convention d’Istanbul sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes. Un texte pourtant considéré unanimement comme une avancée majeure sur le sujet.

Et puisque je parle du mandat de députée européenne de Marine Le Pen, pourquoi les médias ne révèlent-ils pas l’ampleur de la fraude des emplois fictifs du FN qui a été réévaluée à 5 millions d’euros par le parlement Européen ? Pourquoi ne pas dire qu’une procédure de levée de l’immunité de Marine Le Pen a été lancée, gelée en cas de victoire à la présidentielle ? l’Humanité est l’un des rares journaux à s’en faire l’écho !

On me dit, oui mais si c’est Macron le 7 mai, ce sera Le Pen dans 5 ans.

Mais Cher-e-s Ami-e-s, Cher-e-s Camarades, rien n’est écrit d’avance. Tout dépendra du rapport de forces que nous aurons réussi à créer à ce moment-là ! Beaucoup de choses peuvent advenir en 5 ans !

Parce que plus hauts seront les résultats de Marine Le Pen, plus la voix du peuple sera bâillonnée, il faut la battre, le 7 mai, et dès le lendemain, être mobilisés contre la politique de Macron afin de le battre lui, ses candidates et candidats aux législatives. 

         Le battre en amplifiant le résultat de Jean Luc Mélenchon ce qui nous permettra de faire élire des dizaines de député-e-s communistes- Front de gauche, d’Ensemble, de la France Insoumise.

         Voilà l’urgence à laquelle nous devons faire face, ensuite viendra le temps de l’analyse. La responsabilité de François Hollande est immense dans la situation politique que nous vivons. Il a voulu de cette recomposition de la sociale démocratie et par voie de conséquence de la gauche, il espérait pouvoir en être le capitaine. Sa côte d’impopularité l’en a empêché et c’est Emmanuel Macron qui a pris la main. Tout le paysage politique est bouleversé car il y a également recomposition à droite. Les 2 partis qui gouvernaient en alternance depuis des années ont été littéralement laminés. Il faudra tirer toutes les conséquences de cette situation nouvelle, inédite.

         Mais en attendant, il faut bien mesurer que la séquence des législatives va, en fonction de nos choix, de notre capacité de construire de larges rassemblements, permettre d’envoyer à l’Assemblée nationale un grand nombre de femmes et d’hommes engagé-e-s. Un nombre tel de député-e-s pour défendre le monde du travail et les exclus qu’il puisse peser de façon décisive sur les choix futurs de cette assemblée qui sera inexorablement en quête de majorité.

Même si Jean Luc Mélenchon n’a pas franchi la barre du second tour, le score réalisé, auquel les communistes ont fortement participé, a ré-ouvert le champ des possibles à gauche. On a tendance à l’oublier avec l’ascension de l’extrême droite. Ce premier tour de la présidentielle a dit la force de cette gauche de conviction, de combat, cette gauche citoyenne, crédible pour plus de  7 millions de gens et à Morlaix comme dans l’ensemble du Finistère, il est arrivé second derrière Macron. Il faut se servir de cet élan pour continuer à porter le changement que nous voulons, ce changement si nécessaire pour les populations et pour l’avenir de la planète.

La réalité de notre vie quotidienne démontre la faillite des recettes néolibérales, il y a besoin plus que jamais de débarrasser la société du système capitaliste qui exploite les individus et du patriarcat, ce système de domination des hommes sur les femmes.

Les propositions que nous avons portées durant la campagne de la présidentielle sont toujours à l’ordre du jour. Alors que la pauvreté s’étend, que le chômage se fait de plus en plus menaçant, il faut réduire le temps de travail, augmenter les salaires et arrêter de faire des cadeaux au grand patronat sans aucune contrepartie. Il faut l’abrogation de toutes les lois contre lesquelles nous nous sommes mobilisés : les lois El Khomri, Macron, Rebsamen mais aussi la loi Touraine de démantèlement et d’austérité à l’hôpital public. Le droit à la santé pour toute et tous partout sur l’ensemble du territoire passe par le remboursement à 100% des soins. Ce que la France a su faire au lendemain de la guerre alors qu’elle était exsangue, peut se faire aujourd’hui. L’argent existe à condition d’avoir la volonté politique de l’orienter vers la satisfaction des besoins humains.

Vous allez me dire, elle parle bien mais ces choix sont inatteignables avec Macron président. Raison pour laquelle il faudra se battre dès le lendemain de son élection dans la rue et dans les hémicycles. Nous aurons donc besoin d’un groupe solide à l’Assemblée nationale. Des député-e-s qui ne renoncent pas, des député-e-s en lien avec vous qui s’attacheront à faire vivre un grand projet d’égalité. Et ici à Morlaix, ce sont Ismaël Dupont et Muriel Grimardias qui sont les mieux à même de défendre vos intérêts. Vous les connaissez bien, ils sont sur le terrain, ce sont des résistants, des combattants de la justice sociale et du progrès humain.

Cher-e-s Ami-e-s, Cher-e-s camarades, ces élections législatives sont inédites et décisives. Elles sont une opportunité historique que nous ne pouvons pas laisser passer. Nous devons et pouvons, après avoir battu Marine Le Pen, par transformer l’essai remarquable de dimanche dernier. Nous avons les moyens de porter à l’Assemblée nationale une force nouvelle formée de ce que la gauche compte de meilleur.

L’heure est une fois de plus à la lutte pour barrer la route au pire le 7 mai prochain, dans l’intérêt des femmes et des hommes qui vivent et travaillent en France mais également à la lutte pour changer les choses. C’est la meilleure antidote au FN et à tous les défenseurs de la loi du Fric.

         Ce sont les peuples qui font l’histoire même si le chemin est parfois sinueux, alors je suis certaine que nous trouverons en nous les ressorts nous permettant de relever les défis auxquels nous sommes confrontés.

Je fais mienne cette déclaration de Dolores Ibarruri, secrétaire générale puis présidente du PCE (1942 à 1989) : « Contre les fascistes nous nous allierons jusqu’avec le diable et ensuite nous combattrons le diable, NO PASARAN ! »

Nous avons la chance de vivre dans une société multiculturelle, refusons qu’avec Marine Le Pen elle devienne multi-conflictuelle.

Refusons la haine le 7 mai en faisant barrage à Marine Le Pen et lors des législatives en votant pour Ismaël Dupont et Muriel Grimardias.

« Parce qu’un jour viendra, couleur d’orange, d’épaule nue, où les gens s’aimeront », comme l’a joliment écrit le poète Louis Aragon.

Manifestation du 1er Mai. «	Nous aurons besoin de mobilisations sociales.» Lily Martens<br />

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