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Nathalie Lemel. Communarde et féministe

Le Télégramme / 7 mai 2017 / Serge Rogers

 

Ouvrière, féministe, révolutionnaire qui n’hésita pas à prendre les armes et monter sur les barricades, avant d’être arrêtée et condamnée au bagne en Nouvelle-Calédonie… La Brestoise Nathalie Lemel est l’une des principales actrices de la Commune de Paris en 1871, mais contrairement à sa consœur Louise Michel, elle n’est pas passée à la postérité.

Si Nathalie Lemel a aujourd’hui une place à son nom dans la capitale, il aura fallu attendre 2007 pour que cette héroïne de la Commune de Paris sorte enfin des limbes de l’Histoire. La Bretonne a pourtant joué les tout premiers rôles en 1871. Si cette fille de bistrotiers républicains brestois, née le 24 août 1826, a participé à cet événement insurrectionnel, avant d’en payer le prix, c’est qu’elle a été bercée dès sa plus tendre enfance par des idéaux égalitaires. 

Scolarisée jusqu’à l’âge de 12 ans dans le Finistère, elle devient ouvrière relieuse de livres, tout en aidant ses parents dans le café familial. C’est là qu’elle découvre les conditions de travail déplorables des ouvriers de l’arsenal, qui n’hésitent pas à se révolter et à stopper le travail, en 1843, alors que le droit de grève n’est pas reconnu. Deux ans plus tard, à l’âge de 18 ans, la demoiselle Duval épouse un collègue, Adolphe Lemel, de huit ans son aîné. Le couple aura trois enfants. En 1849, la famille Lemel quitte Brest pour aller s’installer à Quimper. Adolphe et Nathalie Lemel ouvrent un atelier de reliure et une librairie au cœur de la cité de Cornouaille. Mais les affaires périclitent et le couple fait faillite. Fuyant la misère, la famille déménage en 1861 pour Paris, où l’Empereur Napoléon III règne dix ans après son coup d’État.

L’engagement politique

Alors que son mari est au chômage et sombre dans l’alcoolisme, Nathalie Lemel, qui travaille en tant qu’ouvrière-relieuse, s’engage dans les luttes sociales de son époque. « En mai 1864, une loi déclare que les grèves ne sont plus illégales, explique l’historien Jacques Arnol, lors d’une conférence sur la Brestoise, le 7 mars dernier. Au mois d’août de cette année-là, les ouvriers relieurs parisiens se mettent en grève avec à leur tête Eugène Varlin [l’un des futurs meneurs de la Commune de Paris, ndlr]. 

Nathalie Lemel fait partie des grévistes. Opposée à la politique du Second Empire, elle se fait rapidement remarquer par son exaltation et son combat pour le droit des femmes et la parité des salaires hommes/femmes. Elle lit à haute voix les « mauvais journaux » dans les ateliers, et fréquente assidûment les clubs socialistes. Tout cela est consigné dans les rapports de police de l’époque ». L’année suivante, Nathalie Lemel adhère avec ses camarades à la première Internationale ouvrière. «Elle est même élue déléguée syndicale, ce qui, à l’époque pour une femme, est une première!», note l’historien.

Sur les barricades

En 1868, elle quitte le domicile conjugal. « Elle est reconnue responsable de l’échec de son mariage à cause de ses activités et de ses idées syndicalistes et révolutionnaires. Le commissaire-enquêteur oublie d’indiquer l’alcoolisme de son mari. À partir de là, elle va se consacrer encore plus à ses activités militantes », précise Jacques Arnol. C’est alors qu’arrive la guerre franco-prussienne de 1870, et que la capitale est assiégée. Après la défaite de Sedan, et l’abdication de Napoléon III, la ville de Paris se soulève et refuse de reconnaître l’autorité du nouveau gouvernement dirigé par Adolphe Thiers, constitué à Versailles. Les Parisiens prennent les armes et dressent des barricades. 

Le 11 avril 1871, Nathalie Lemel met en place L’Union des femmes pour la Défense de Paris et les soins à donner aux blessés et, avec une centaine de citoyennes, elle nourrit, soigne et dirige la construction et la défense de la barricade de la place Pigalle. Alors que la révolte se termine par un bain de sang le 28 mai 1871, Nathalie Lemel est arrêtée le 21 juin 1871.

Condamnée à la déportation à vie

Incarcérée à Satory puis à Versailles, elle est condamnée devant le Conseil de guerre à la déportation à vie en enceinte fortifiée. Le 9 août 1873, elle est transférée à la prison de La Rochelle, pour embarquer en direction de la Nouvelle-Calédonie. Apprenant que ses codétenues ont demandé sa grâce, elle écrit au préfet pour refuser ce traitement de faveur. Âgée de 46 ans, elle embarque sur le Virginie pour Nouméa, en compagnie de plusieurs autres Communards, dont Louise Michel et le journaliste Henri de Rochefort. Les déportés atteignent la presqu’île Ducos, en Nouvelle-Calédonie, le 8 décembre 1873. Dans ses Mémoires, Louise Michel évoque « le courage de Mme Lemel, pendant le combat et là-bas ». 

Amnistiée en 1879, Nathalie Lemel regagne la métropole, où elle travaille au journal L’Intransigeant en tant que plieuse, tout en continuant de défendre ses convictions socialistes et féministes. Devenue aveugle, elle entre en 1915 à l’hospice d’Ivry. Elle y décède dans la pauvreté le 8 mai 1921, à l’âge de 94 ans… Le 29 novembre 2016, la Bretonne est réhabilitée par l’Assemblée nationale avec l’ensemble des victimes de la répression de la Commune de Paris. 

Pour en savoir plus

- « Nathalie Lemel, une communarde bretonne révolutionnaire et féministe », d’Eugène Kerbaul, éditions Le temps des cerises, 1997

 - « Des graines sous la neige. Nathalie Lemel, Communarde & visionnaire», de Roland Michon (textes) et Laëtitia Rouxel (dessins), éditions Locus Solus, 2017.

 - Le site internet de l’Association des amies et amis de la Commune de Paris 1871 : commune1871.org 

- Conférence consacrée à Nathalie Lemel, jeudi à Brest, à 17 h, salle Tessier (4, rue Fonferrier), animée par l’historien Jacques Arnol et organisée par Les Cahiers de l’Iroise.

 

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La mémoire de Nathalie Lemel n'est pas honorée comme elle devrait l'être, même si plusieurs historiens ont mis en lumière cette dirigeante de la Commune de Paris.

Une bande dessinée parue récemment a contribué à la faire connaître.

Eugène Kerbaul lui consacra un livre en 1997, repris par « Le temps des cerises ».

En 2002 notre section lui avait rendu hommage à l'occasion du 8 mars, rue Kéréon à Quimper, là où elle tint une librairie.

Et une rue de Quimper porte son nom, qui fut aussi choisi pour la médiathèque de Pluguffan. Belle rencontre autour du livre...

D'autres villes bretonnes ont donné son nom à une rue, avant Paris.

Nathalie Lemel, fille d'un ouvrier corroyeur, s'installe à Quimper en 1849 avec sa famille comme gérante d'une librairie rue Kéréon, puis rue St François, avec un atelier de reliure, métier qu'elle pratiquait avec son mari.

Si l'on en croit un rapport de gendarmerie, elle y défraie la chronique par ses lectures subversives et son goût de la liberté.

Les affaires périclitant, elle quitte Quimper pour Paris en 1861.

Elle y travaille comme ouvrière relieuse, rencontre Eugène Varlin, participe à la grève de 1864-1865 qui établit l'égalité des salaires entre ouvriers et ouvrières relieurs de Paris, est même élue au comité de grève.

Comme Eugène Varlin, elle adhère à l'Internationale.

En 1868, elle participe avec lui à la création de « La Marmite », coopérative ouvrière chargée de fournir aux travailleurs « une nourriture saine, de provenance avouable, et répartie entre tous au prix de revient », et en devient la directrice.

Sorte d'épicerie du cœur et restaurant communautaire, La Marmite était gérée par les ouvriers eux-mêmes.

Rien d'étonnant si cette militante est au premier rang des femmes de la Commune de Paris, participant à la création en avril 1871 de « L'union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés », qu'elle anime avec Élisabeth Dmitrieff, l'amie de Marx, et dont elle co-signe toutes les proclamations comme celle du 6 mai qui se termine ainsi:

« Toutes unies et résolues, grandies et éclairées par les souffrances que les crises sociales entraînent toujours à leur suite, profondément convaincues que la Commune, représentante des principes internationaux et révolutionnaires des peuples, porte en elle les germes de la révolution sociale, les Femmes de Paris prouveront à la France et au monde qu'elles aussi sauront, au moment du danger suprême, - aux barricades, sur les remparts de Paris, si la réaction forçait les portes – donner comme leurs frères leur sang et leur vie, pour la défense et le triomphe de la Commune, c'est-à-dire du Peuple !

Alors victorieux, à même de s'unir et de s'entendre sur leurs intérêts communs, travailleurs et travailleuses, tous solidaires, par un dernier effort anéantiront à jamais tout vestige d'exploitation et d'exploiteurs ! 

VIVE LA REPUBLIQUE SOCIALE ET UNIVERSELLE !

VIVE LE TRAVAIL !

VIVE LA COMMUNE ! »

De courage, elle n'en manqua pas sur les barricades, puis devant le conseil de guerre, qui la condamne à la déportation en Nouvelle-Calédonie. Embarquée en août 1872 à La Rochelle sur « La Virginie » elle partage sur le bateau la cage des femmes où se trouvait aussi Louise Michel.

Comme elle, et contrairement à d'autres déportés, elle prend le parti des Canaques révoltés contre le sort que le colonialisme leur faisait subir.

Ayant toujours refusé de bénéficier d'une mesure individuelle de grâce, elle ne revient en France qu'en 1879 à l'occasion de l'amnistie générale pour les anciens communards.

Elle y termine sa vie dans la pauvreté en 1921 à l'hospice d'Ivry.

Une grande dame !

Y.R.
 

 

 

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